La chimio – partie 1

La toute première fois que j’ai entendu parler de chimio, j’ai eu peur. Pas pour ce que la chimio était mais par ce qu’elle sous-entendait. C’était il y a 3 ans, c’était lors du cancer de mon papa. Évidemment, j’avais raison d’avoir peur et j’avais même de la chance de n’y être confrontée qu’aussi tard. Il n’empêche qu’à ce moment là, j’étais loin de lui géographiquement. J’ai vu les ravages de la maladie, j’ai vu que la chimio ne servait à rien d’autre qu’à lui prendre le peu de force qui lui restait. Mais de la chimio en elle-même, je n’ai rien vu.

Alors quand j’ai appris que mon petit Alphonse devait avoir de la chimio, j’en ai frémi… et je me suis posé plein de questions. La première chose que les médecins m’ont dite c’était qu’il ne fallait surtout pas comparer deux chimios entre elles, et encore moins celle d’un adulte avec celle d’un enfant. D’une part la maladie n’étant pas la même les chimios sont différentes et d’autre part les enfants sont formidables. Ils encaissent beaucoup mieux que les adultes et récupèrent bien plus vite (big up à la réflexion de l’ATSEM d’Alphonse quand je lui ai dit ça : « oh la chance ! » Pas vraiment non…) Enfin, pour une même maladie, un même traitement, les enfants ne vont pas réagir de la même façon. Bref, c’est l’inconnu.

Alors concrètement, une chimio qu’est-ce que c’est ? C’est du poison qu’on injecte dans le sang. Ni plus ni moins. On parle de cure de chimiothérapie. Une cure regroupe l’ensemble des jours pendant lesquels les produits de chimio sont injectés. Dans le protocole d’Alphonse, il a 6 cures en tout. Une toutes les trois semaines (en théorie). Avant chaque chimio Alphonse est pesé et les produits de la chimio sont préparés le jour même en fonction de son poids (au gramme près, c’est impressionnant). Les produits de la chimio vont tuer les cellules au cycle de vie court. Les cellules cancéreuses donc, mais aussi les cellules sanguines (globules blancs, globules rouges, plaquettes), les cellules de la peau, les cellules des cheveux, certaines cellules du tube digestif… Voilà pour les dommages collatéraux.

Alphonse a commencé par trois cures de petites chimios. Les médecins les appellent les chimio d’induction et les qualifient de petites en comparaison aux chimio de consolidation, beaucoup plus agressives. Comment ça s’est passé ?

Alphonse rentrait à l’hôpital le mardi. Et on lui injectait les produits les mardi, mercredi et jeudi. Le vendredi, c’était le « rinçage » et on rentrait à la maison. L’hôpital c’était pénible, bien sûr, 4 jours pour un petit bonhomme de 4 ans, c’est long. Surtout qu’à ce moment là, ce sont les nausées et les vomissements. Mais ce n’est pas le pire. Le plus dur vient après. Le mardi suivant. J8 comme disent les médecins. Lorsque l’aplasie commence. L’aplasie c’est lorsqu’il y a trop peu de globules blancs pour protéger correctement le corps humain. C’est un stress permanent. On doit prendre la température tous les matins et tous les soirs. Si jamais on dépasse 38°C, direction l’hôpital, sans réflexion. Pour 3 jours d’hospitalisation minimum. Sur les 3 cures qu’Alphonse a faites, il a fait 2 aplasies fébriles. C’est pour moi le plus gros stress. Les globules rouges et les plaquettes ? On peut transfuser (et j’en profite pour remercier chaudement tous les donneurs !) Les cheveux ? Pfff aucune importance ! Mais le nombre trop faible de globules blancs le met à la merci de tout et de rien. Pour les chimios d’induction, l’aplasie est modérée. Je crois que le seuil le plus bas qu’Alphonse ait atteint, c’était 300 (la normal c’est entre 1500 et 5000, on parle d’aplasie quand le seuil de 500 est atteint)

Ces 9 semaines de « petites » chimio ont été éprouvantes. Mais tout s’est très bien passé. Quelques jours moins biens, mais beaucoup de rires et de bonnes humeur, et surtout quelques jours à la maison. Maintenant nous sommes dans les chimios de consolidation, c’est beaucoup plus dur. Je reviendrai en parler quand j’aurais réussi à prendre un peu de recul.

Rêve d’été

A défaut d’avoir un vrai été, je peux toujours rêver… c’est pour ça que je réponds avec plaisir au défi lancé par Frau Pruno, avant de revenir avec un sujet un peu plus sérieux (concrètement, la chimio c’est quoi  ? comment ça se passe ? t’as vu le teasing de fou !)

L’idée est simple. Répondre aux 8 items pondus par la miss Escarpins et Marmelade. Et quand on me propose un peu d’évasion comme ça, je signe sans hésiter !

1. Mon parfum d’été

Alors là, je pense avoir la poisse. J’ai un parfum d’été et un parfum d’hiver et je leur suis fidèle. Pour l’été, j’aime beaucoup les parfums floraux. J’en choisis un. Je l’aime. Et quand mon flacon est vide et que je veux le racheter, on m’apprend qu’il ne se fait plus. C’est ainsi que j’ai commencé par l’Eau d’Eden de Cacharel (eau de toilette, l’eau de parfum existe encore mais je n’aime pas du tout !) puis par Envy Me de Givenchy, ensuite Truth de Calvin Klein et maintenant Beauty toujours de Calvin Klein. Mon flacon est presque vide. Je suis allé faire un tour à Nocibé (prévoyante la fille). Et devine quoi ? Plus en rayon ! Je ne sais pas du tout par quoi je pourrais le remplacer, quand j’aurais du temps je chercherai…

2. Une photo qui illustre cette saison

Juste une photo, c’est dur !! Pour moi, l’été c’est d’abord synonyme de vacances. Et vacances, c’est vacances en famille et à la mer. L’océan atlantique pour être précise. Ce sont toutes mes vacances d’enfance, et j’y emmène mes enfants à chaque mois d’août retrouver toute ma famille au grand complet (et cette année, ça va vraiment me manquer !) Alors, une fois que j’ai dit tout ça, la photo est comme une évidence

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Oui, elle date de l’année dernière et en plus je l’ai déjà mise sur le blog… Mais j’adore cette photo !

3. Une chanson qui vous rappelle cette période de l’année

J’aimerais écrire que cette chanson est pour moi un incontournable de l’été, que je la mets dès que le soleil arrive… mais non. Alors je vais raisonner à l’envers en me demandant quelle chanson me met la pêche. Et là, il y en a une qui dépasse toutes les autres : Dreaming of you de The Coral. Je l’adore !

4. Un souvenir estival (sous forme de photo ou de récit)

Alphonse n’aimait pas les glaces jusqu’à récemment. Ernestine a tout de suite accroché. Et quand on est en vacances, il y a (très) régulièrement la balade au port pour manger une crêpe ou une glace. L’année dernière a été l’occasion de leur première glace à tous les deux. « C’est froid » ne cessait de répéter Alphonse. Ernestine riait aux éclats. Tous les deux en avaient partout. Et on regardait les bateaux passer dans le canal. C’était une soirée ordinaire de vacances pour nous. Pour eux, c’était une soirée incroyable (et ils se sont endormis sans faire la java, ce qui était incroyable pour nous 😉 )

5. Une pièce fétiche de votre garde-robe

Il y a une jupe que j’adore. Toute légère, asymétrique… Parfaite. Sauf que je ne re rentre toujours pas dedans. Tu me diras que Gustave n’a que 3 mois et qu’avec ce qu’Alphonse traverse, j’ai mieux à faire que mon regarder le nombril. C’est vrai. Mais j’espère quand même pouvoir la mettre un peu cet été !

6. Une ville que vous associez à cette saison

Capbreton. C’est une toute petite ville dans le sud-ouest (rapport à ce je disais pour la photo)
7. Une boisson

(Virgin) Mojito ! Vivement que l’allaitement soit fini pour en reboire (paraît que ça ne sera plus l’été…) Et pour ne pas passer pour l’alcoolique de service, j’ajouterai que j’adore également le thé glacé que je fais maison (trop facile et tellement meilleur que l’Ice Tea !!)

8. Une odeur estivale

J’ai l’impression de me répéter… mais l’odeur iodé de l’océan, mélangé à celle de la crème solaire. Et le sel qui fait crisser les cheveux et qui a une petite odeur si particulière.

Soulagés

IMG-20170603-WA0007Le lundi 22 mai, le ciel nous tombait encore sur la tête. Je crois sincèrement que les médecins s’attendaient à ce que cette tâches suspecte soit une récidive. Mais dans le doute ils ne nous avaient rien dit. Peut-être que je me fais des films… En tout cas, c’est la nouvelle à laquelle on s’attendait. On essayait de s’y préparer. On s’était dit qu’Alphonse n’échapperait pas à la radiothérapie. Je commençais à me renseigner sur la protonthérapie, moins délétère que la radiothérapie classique (dans laquelle des photons sont utilisés) qui ne se pratique qu’à Nice ou Paris. J’avais commencé à réfléchir à toute la logistique que cela implique. Et, ça me donne des sueurs froides encore maintenant de l’écrire, mais je m’étais dit que mon petit garçon ne survivrait pas à sa maladie. Alors je m’étais demandé où on devrait l’enterrer, comment le faire, comment on pourrait continuer à vivre notre vie… Beaucoup d’idées noires quoi.

Et le jour de l’opération est arrivé. Ré ouvrir le crâne, retourner chercher un truc au même endroit… A nouveau une opération longue et risquée. À nouveau les neurochirurgiens nous ont dit de faire quelque chose qui nous occuperait l’esprit pour la journée (mission impossible, évidemment), ils nous appelleraient quand ça serait fini. Et j’avais peur qu’à nouveau il se réveille en ayant perdu la parole, la marche…

La 1ère bonne nouvelle est venue rapidement: l’opération s’était bien passée, et quel que ce soit ce truc, il n’y était plus. Nous avons vite été le voir en réanimation. 2ème bonne nouvelle: cette fois son cœur n’avait pas besoin d’aide pour battre, Alphonse n’avait pas besoin de tuyau pour respirer. Cette fois, il n’est resté que 24h en réa.

Et le surlendemain LA bonne nouvelle. Celle à laquelle nous ne croyions pas. L’oncologue d’Alphonse est venue dans sa chambre. Pas de bonjour, pas de serrage de mains. Directement: « Ce n’est pas une rechute » Elle n’avait que cinq minutes, elle était en retard pour ses rendez-vous, mais elle avait quand même fait le détour pour nous. Elle nous a expliqué que les neurochirurgiens avaient injecté un produit pour limiter le saignement (et je ne suis pas sûre d’avoir bien compris) et que dans de rares cas ce produit absorbait le produit de contraste de l’IRM. C’est ce qui s’est passé pour Alphonse. Les médecins du service ont été vexés comme des poux de ne pas être au courant avant nous et nous avons eu quelques réflexions désagréables (je vous le donne en mille: « ce n’est pas le résultat définitif ») mais peu importe, il ne pouvait y avoir meilleure nouvelle pour notre petit garçon.

Alors, parfois je me dis qu’il s’est fait reopérer pour rien. Que ces deux semaines d’hospitalisation, on aurait pu s’en passer, qu’on passe suffisamment de temps comme ça dans ces murs blancs. Et puis je me raisonne, il vaut mieux avoir fait cette opération « pour rien » que faire une radiothérapie pour rien. Et je me dis que la vie est une farceuse. Elle a un humour bien pourri, elle a été un peu garce sur ce coup là. Mais je regarde le sourire de mon petit garçon et je me dis que, malgré tout, la vie est belle. Nous traversons une épreuve que je ne souhaite à personne mais nous avons la famille et des amis pour nous soutenir et surtout trois merveilleux enfants. Alors, en attendant des cieux un peu plus bleus je profite de chaque éclat dans leurs yeux, de chacun de leur rire et je me dis que j’ai de la chance d’en avoir autant.

Et pour finir, je partage avec vous les mots de mon petit garçon qui m’ont tant amusé ce midi: « Je suis un monstre effrayant. Je vais manger tous les médecins » Oh oui mon chéri, tu te bats comme un chef !

Et ça continue

Je trouvais mon dernier billet assez sombre alors je voulais en écrire un plus léger. Un dans lequel je vous aurais raconté ma chance d’être entourée et soutenue. Par mon mari d’abord, qui ne travaille plus depuis mars et sans lequel je ne pourrai y arriver, par mes beaux-parents aussi, toujours prêts à garder Ernestine, par ma mère enfin qui descend dès que nous avons besoin d’elle, posant ses congés (presque) sans compter. Et tout le reste de la famille, nos amis qui nous soutiennent autant qu’ils peuvent. Je vous aurais raconté ma chance d’habiter dans une grande ville, à 30 min de l’hôpital où Alphonse se fait suivre et où la prise en charge est excellente. Je vous aurais raconté Gustave, qui du haut de ses 2 mois et demi est un bébé vraiment cool. Je vous aurai raconté les progrès d’Alphonse, comment il recommence à marcher et sa fierté d’y arriver seul.Je vous aurais raconté tout ça pour conclure que ça pourrait être pire.

Sauf que…

Sauf que lundi dernier Alphonse a fait sa 1ère IRM de contrôle. Ça devait être une simple formalité puisqu’il est en pleine chimio.

Sauf que les médecins y ont vu un truc louche. Un truc qui ne devrait pas y être. Une récidive ? Autre chose ?

Sauf que les médecins ne savent pas ce que c’est. Et il faut savoir.

Sauf que le seul moyen de savoir, c’est d’aller chercher ce truc. Ça veut dire une nouvelle opération de neurochirurgie. Avec autant de risques que celle de l’exerèse.

Sauf que le mois de mars a été le pire de ma vie et je ne pensais pas devoir le revivre.

Sauf que si mon petit garçon fait déjà une récidive, le pronostic s’assombrit, et son petit cerveau devra être irradié.

Sauf que je vis dans la peur et dans l’attente. Et même si nous n’y croyons pas, nous espérons que ce truc c’est autre chose.

Le traitement

Après une attente qui nous paraît interminable, nous apprenons avec soulagement que la tumeur de mon petit Alphonse est une tumeur à risque standard. Double soulagement : d’une part (et surtout), les chances de guérison sont plus importantes, d’autre part on peut commencer le traitement et avoir ainsi l’impression de faire quelque chose.

Oui, mais quel traitement ? Les médecins nous disent que le choix nous revient. Ayant moins de cinq ans, deux options s’offrent à Alphonse. La première, c’est la radiothérapie suivie de la chimiothérapie : 6 semaines d’irradiation avec une anesthésie générale quotidienne. Et des séquelles potentiellement très graves. Puis 12 cures de chimiothérapie standard. La seconde, c’est uniquement de la chimiothérapie : 3 cures standard suivies de 3 cures à haute dose. Et des séquelles moins graves. Dit comme ça, le choix est vite fait, n’est-ce pas ? C’est probablement pour ça que les médecins nous l’ont présenté comme ça. Certes, le choix nous revient et c’est nous qui avons dit non à la radiothérapie, mais les médecins nous ont quand même fortement influencés (et c’est tant mieux !) D’autant plus qu’en cas de récidive, nous aurons encore l’arme de la radiothérapie (si seulement nous pouvions ne jamais en avoir besoin…) Et, ce qui n’est pas pour nous déplaire, le traitement est quand même beaucoup moins long !

Une fois cette décision prise, la toute première question que nous avons posé c’est : quand commence-t-on ? Réponse immédiate : demain. Ça fait un mois qu’Alphonse s’est fait opéré, maintenant que les médecins connaissent avec certitude la tumeur, et donc le traitement à lui associer, aucune raison de traîner. Au contraire.

Le traitement se découpe donc en deux blocs de chimiothérapie. Le premier s’appelle la chimiothérapie d’induction. J’y apprends des noms barbares tels que vincristine ou cisplatine. Des molécules qui font tomber les cheveux (alopécie, encore un nom barbare, il y en a beaucoup !), diminuer l’hémoglobine et les globules blancs… Et attaquent la tumeur. Alphonse est hospitalisé 4 jours par cure. Il a ensuite deux semaines de répit et on recommence. Enfin, je ne suis pas sûre que le terme répit soit bien adapté. Entre les séances de rééducation, les injections et prises de sang, les journées sont quand même chargées. Mais ce n’est rien par rapport à la chimiothérapie à forte dose. Celle là s’appelle la chimiothérapie de consolidation. Et mon petit Alphonse sera hospitalisé 3 semaines toutes les 3 semaines… Autant dire quasiment 9 semaines en continu. Il y a mieux comme vacances n’est-ce pas ? Mais qu’est-ce qu’un été gâché quand la vie de mon petit garçon est en jeu ?

On est le 28 mars et la machine est lancée. Je compte chaque semaine qui me rapproche de la fin du traitement, je stresse à chaque symptômes de fièvre, chaque repas non pris… Et je me lève toutes les nuits pour Gustave. Je m’épuise. Je cherche la lumière du bout du tunnel et je m’y accroche comme un naufragé s’accroche à sa planche. C’est ce qui me permet de tenir. Courant août, nous retrouverons une vie.

La place du milieu

DSCF5251Ces derniers temps, je vous ai beaucoup parlé d’Alphonse et un peu de Gustave… mais à peine d’Ernestine. Est-ce normal ? C’est vrai qu’avec le cancer de notre grand, beaucoup de notre énergie, de nos pensées sont pour lui. Et Gustave, si petit si dépendant à tout autant besoin de nous. Alors Ernestine, du haut de ses deux pleins de vitalité, peut facilement être oubliée. Elle marche seule, sait exprimer ce qu’elle veut… Pour un peu on pourrait presque oublier qu’elle n’a que deux ans. Seulement voilà, deux ans c’est encore tout petit. Et même si elle a la chance d’être en pleine forme, elle a besoin de ses parents également.

On dit que la place du milieu n’est pas évidente. C’est probablement vrai. Mais ce qui est sûr c’est que dans notre cas, la situation est difficile pour notre petite fille. Elle a toujours été colérique, mais depuis la découverte de la maladie de son frère (et donc la naissance de Gustave) elle fait encore plus de colères. Une réaction saine qui lui permet de nous rappeler qu’elle existe. Et elle a bien raison.

Nous avons commencé par tout lui expliquer, avec des mots qu’elle pourrait comprendre. Alphonse est malade. Il a un gros bobo dans la tête. Un bobo très méchant. Pour le soigner Alphonse va devoir aller à l’hôpital. Beaucoup. Et nous, on va avoir moins de temps pour elle. Mais ça ne veut pas dire qu’on l’aime moins. Ça veut juste dire qu’elle a plus de chance que son grand frère. Et on lui a redit autant de fois que nécessaire qu’on l’aimait très fort. Et que si elle partait chez ses grand-parents, c’était des vacances, pas une punition.

Une chance pour nous. Elle comprend tout. Et elle adore aller chez ses grand-parents retraités. Alors quand ça devient un peu trop difficile pour nous… zou, elle s’en va. On essaye de ne pas faire plus d’une semaine – deux maximum. On souffle, on est plus disponibles pour Alphonse, elle se change les idées… tout le monde est gagnant. Y compris les grand-parents qui ont l’impression (à juste titre !) de contribuer à l’effort familial.

Mais on essaye de ne pas l’oublier pour autant. On laisse un peu crier Gustave pour lui faire un câlin, Alphonse patiente sur le canapé le temps qu’on lui lise une histoire… Et j’ose le dire : si on a eu du mal à trouver l’équilibre au début, il semblerait qu’on ait maintenant trouvé notre rythme. J’espère que nous arriverons à tenir la distance.

Mais j’ai une certitude. Une fois cette sombre histoire derrière nous, Ernestine trouvera sa place sans problème. Elle a le caractère qui lui permettra de toujours exprimer ce dont elle a besoin. Et, si en attendant, elle souffre de la situation – comme tout le reste de la famille – elle arrive à composer avec force et sourire !

Mon petit guerrier

unnamedMon petit Alphonse, tous les jours j’ai peur pour toi. Peur de ce vilain crabe. Peur de cette bataille. Peur de cette convalescence qui s’annonce si longue et si ardue. Et alors je me souviens.

Je me souviens de ce matin d’avril 2012 où je savais que j’avais déconné et que j’ai été cherché la pilule du lendemain à la pharmacie. Et que non, tu étais accroché, tu es resté.

Je me souviens de ce soir de décembre 2012, où enceinte de 8 mois, nous étions sur l’autoroute du côté de Sisteron. Le verglas s’est formé vite, nous roulions vite aussi. La voiture a été bonne pour la casse. Et toi, tu as été un peu secoué, c’est vrai. Mais tu n’es pas sorti pour autant, mon dernier mois de grossesse s’est déroulé sans encombre.

Je me souviens de tes 3 premiers mois où la constipation te faisait pleurer de douleur toute la journée. Ce n’est pas très grave, mais tu as souffert. Et c’est passé.

Je me souviens de la fausse route que tu as faite à 2 mois à cause du pipette de médicament défectueuse. Comme tu es devenu blanc comme un linge, que tu as arrêté de respirer. Et que mon médecin de sœur a eu le geste qu’il fallait.

Je me souviens de ton premier hiver où ta bronchite s’est éternisée de longs mois et qu’il a fallu de la kiné respiratoire pour que tu ailles enfin mieux.

Je me souviens lorsque du haut de tes 14 mois tu nous a fait une pneumonie. 10 jours d’antibiotiques, une belle frayeur, et c’était fini.

Je me souviens que pour tes 18 mois tu t’es cassé la jambe. Un plâtre du pied jusqu’à la hanche. Mais si peu de plaintes !

Je me souviens de ces nuits blanches où le thermomètre flirtait avec les 40°C et que tu tremblais comme une feuille.

Et quand je me souviens de tout ça, je me dis que non, tu es un battant, un vrai petit guerrier. La bataille que tu es en train de livrer est un peu plus longue, un peu plus dure. Et nous avons déjà de belles victoires au compteur. Alors, continue comme ça. Je ne sais qu’une chose : j’ai confiance en toi.

L’attente

Les jours à la maternité sont éprouvants. Comme tous les nourrissons, Gustave veut passer sa vie au sein. J’attends avec impatience la montée de lait qui devrait me donner un peu de répit et surtout je le confie quelques heures par nuit à la pouponnière pour que je puisse dormir un peu. Et qu’il reçoive un complément pour que lui dorme aussi (oui, je sais, c’est mal) Je vis très mal le fait de savoir que mes 2 garçons ne sont séparés que de 3 étages mais que je ne peux être avec les deux en même temps. Gustave n’a pas le droit de sortir de la maternité, Alphonse est trop faible pour rester plus de 30 minutes dans ma chambre. Donc, dès que Gustave s’endort, je descends passer un peu de temps avec Alphonse. Sans surprise, au bout de 3 jours je suis épuisée. Et j’attends le retour à la maison avec impatience. Bonne nouvelle, je peux ramener mes deux garçons avec moi !

Mais avant la sortie, on rencontre l’oncologue. Elle nous explique le marathon qui nous attend. Ou plutôt, les différentes options. On ressort de là avec une certitude : le traitement va durer entre 6 et 9 mois. Et la peur au ventre. On ne sait pas encore quel type de médulloblastome a squatté le cerveau d’Alphonse. Pour le définir, 3 examens sont nécessaires.

Le premier a été fait lors de l’IRM au tout début, et nous avons déjà les résultats : pas de métastases. Le deuxième sera fait dans les jours qui viennent et les résultats sont rapides. Une ponction lombaire pour voir si des cellules cancéreuses ont essaimé dans le liquide céphalo-rachidien. Le troisième est une analyse histologique de la tumeur : ils recherchent s’il y a une mutation d’un gène bien particulier (oncogène c-myc) qui rendrait la tumeur encore plus agressive. Et là, les délais sont bien plus longs.

Si un seul de ces résultats est mauvais, Alphonse fera partie du groupe à haut risque. Un pronostic beaucoup plus mauvais, une radiothérapie inévitable. Si on est dans le cas le plus favorable, on pourrait se passer de radiothérapie.

Au début, je ne comprends pas pourquoi un tel accent est mis sur la radiothérapie. Je connais des femmes qui ont eu un cancer du sein et qui ont fait de la radiothérapie sans se poser (trop) de questions. Sauf  que là, la zone irradiée est le cerveau et la moelle osseuse d’un petit garçon de 4 ans. 2 zones encore immatures mais primordiales. Les séquelles peuvent être terribles. Tout d’abord, un retard de croissance : les vertèbres irradiés ne s’étirent pas comme ils devraient. Et ensuite un retard de développement cognitif. Dans le meilleur des cas, Alphonse pourrait avoir un peu de mal à l’école mais suivre une scolarisation classique (difficultés d’apprentissage). Dans le pire des cas…   je n’ose l’imaginer. Et bien sûr, impossible de savoir à l’avance les effets de la radiothérapie sur Alphonse ! Sans compter qu’à 4 ans, cela se traduit le plus souvent par une anesthésie générale quotidienne pendant 6 semaines (avec les we en repos)

A côté de ça, les séquelles de la chimio me semblent bien faibles : risque de perte d’audition (certaines fréquences seulement) et de stérilité… Pour la stérilité, je me dis que le jour où il se posera la question, c’est que le combat sera gagné. J’en viendrais presque à espérer qu’il souffre un jour d’être stérile : ça voudrait dire qu’il serait prêt à fonder une famille…

En attendant, nous croisons les doigts pour être dans le groupe à risque standard, pour ne pas avoir besoin de radiothérapie…

et même si je me suis posée cette question en permanence pendant deux semaines, il est inutile de faire durer le suspense. Oui ! nous sommes dans le bon cas. Oui ! nous échappons à la radiothérapie (pour l’instant… j’espère ne pas connaître de récidive) et c’est parti pour 6 mois de chimio…

Gustave

Me voilà donc à l’accueil des urgences gynécologiques et obstétriques.

– Bonjour, j’ai une fissure de la poche des eaux.

– Il y a combien de temps que vous avez fissuré ?

– Euh… 5 ou 10 minutes

– !? Mais vous n’avez pas attendu une heure en vérifiant régulièrement que du liquide continuait de couler et que c’était bien une fissure ?

– Ben non… C’est bien une fissure.

– Bon, attendez dans la salle d’attente. Mais je vous préviens, il y a un peu d’attente.

– Combien environ ?

– Une heure

Je vais m’asseoir dans la salle d’attente, pleine de monde, sur des chaises très inconfortables. J’attends 5 minutes puis je me dis zut. Quitte à attendre, autant être près de mon petit garçon. Je remonte dans sa chambre lui lire des histoires. Il est 19h30, c’est bientôt le dodo.

Je redescends 45 min plus tard et cette fois, j’attends là. Les contractions s’invitent à la partie. Pas encore douloureuses mais déjà bien désagréables. L’attente est longue. La sage-femme me dira qu’ils sont venus me chercher deux fois pendant mon absence. Oups ! Elle me dit également que, pas de chance, ce soir je suis loin d’être la seule à accoucher ! Ils n’ont pas de box libre. Ils n’ont qu’une pièce avec trois lits côte à côté séparés par des paravents… Bonjour l’intimité ! C’est parti pour 1h30 de monito. Je m’ennuie, il y a un peu de passage, j’entends la femme sur le lit d’à côté du mien qui s’agite. Et les contractions s’intensifient un peu. L’examen du col donnera une dilatation à 1,5. Pas beaucoup mais « le travail a commencé » Sans blague !

Donc à cet instant, je fuis en continu, mes contractions s’accélèrent et tout ce qu’on trouve à me dire c’est « retournez en salle d’attente, le temps qu’une salle se libère ». Vous êtes sérieux là ?! Hélas oui. Un point positif, j’ai de la diversion. (J’en profite pour saluer le calme de ceux qui travaillent aux urgences…) Une femme soi-disant en train d’accoucher arrive dans la salle d’attente… accompagnée de six personnes  !  Elle discute, rigole, sort téléphoner pendant ses « contractions ». Parmi ceux qui l’accompagnent, il y a une gamine en pyjama qui joue avec le fauteuil roulant, une femme plus âgée (future grand-mère ?) aussi en pyjama qui passe son temps à râler que ce n’est pas normal d’attendre aussi longtemps, un jeune les yeux rivés sur son téléphone… Bref une tribu bruyante  met un peu d’animation dans la salle d’attente. Par moment ça me fait sourire, à d’autres j’ai juste envie de renvoyer tous ceux qui n’ont à faire aux urgences chez eux.

Enfin, un box se libère puis une salle de travail ! Tout se précise. Et que j’ai mal !!! Je ne me souvenais pas d’avoir eu mal à ce point pour les deux premiers accouchements ? Est-ce parce que ces 10 derniers jours m’ont épuisé ? Parce que c’est le 3ème ? Ou juste que j’ai oublié… Aucune idée. Mais j’implore la péridurale. « C’est un peu tôt, vous y êtes presque mais il faut attendre encore un peu » Misère !!! Enfin, la péridurale est posée. Et je déclare tout de go : je ne veux rien sentir. Rien. Nada. Je ne veux que dormir (dit la future maman… AH AH) mais au moins, cette nuit là, je me repose un peu.

Et puis voilà, ça y est, l’heure de vérité a sonné. Je fais enfin savoir si numéro 3 est une fille ou un garçon ! J’ai hâte, je ne pense qu’à ça. Et vu le titre, tu le sais déjà, j’ai accueilli un petit garçon à 4h29. Ici, je l’appellerai Gustave (J’en profite pour t’avouer que non, Alphonse et Ernestine ne sont pas les vrais prénoms de mes enfants. Ce sont juste des prénoms que j’aime beaucoup mais pas mon mari !)

L’auxiliaire de puériculture me propose de parier sur le poids de mon bébé tout neuf. Hum. 3,7 kg ? Perdu ! Pour reprendre l’expression d’une célèbre tribulette, c’est un bébé gigot: 4,2 kg 53 cm ! Et heureusement, il est en pleine forme.

A l’hôpital…

Quand on m’annonçait une convalescence longue, je m’imaginais naïvement que ce serait l’histoire de quelques semaines. Alphonse avait tout retrouvé au bout de 2 jours après la première opération. J’allais vite me rendre compte que je me trompais lourdement.

Déjà, quand j’ai vu mon petit garçon après l’opération ça a été un gros choc. Imagine un peu : un gros pansement autour de la tête, des yeux dans le vague, un tube qui lui sort de la bouche, trois électrodes sur le torse et un cathéter dans le cou, plus un dans chaque main qui sont attachées au lit. Il grogne, il a l’air à peine conscient. On constate que la respiration est laborieuse, que les battements du cœur sont un peu anarchiques. C’est une première claque. Bien sûr, tout cela est normal, il réagit de la façon que les médecins attendent, mais que c’est dur de voir son fils comme ça !

2 jours après, il peut enfin sortir de réanimation. Direction le service de neurochirurgie pour une durée théorique de 15 jours. Il y retrouve sa chambre seule dans laquelle il y a une chauffeuse que je squatte allègrement pour mes siestes. Je suis à 10 jours de mon terme.

Les suites de l’opération sont très dures, j’espère ne plus revivre de moments pareils.

D’un point de vue clinique

Alphonse fait de la fièvre, inexpliquée. Les médecins nous disent que c’est probablement une réaction du cerveau à l’agression qu’il a subie. Mais il y a également un risque de méningite… On lui donne des antibiotiques en préventif, et des analyses sont faites. Grosse angoisse. Heureusement, tout va bien et la fièvre disparaît en quelques jours.

Entre l’opération et la réanimation, ça fait 3 jours qu’il n’a pas mangé. Il est perfusé mais ça serait bien qu’il reprenne une alimentation normale. Il en est incapable. Il vomit systématiquement tout ce qu’il mange. Même l’eau passe difficilement. Il n’ose plus manger. Il aura besoin d’une semaine entière pour reprendre une alimentation normale.

D’un point de vue physique

C’est la cata ! Il ne sait plus parler, il ne sait plus marcher, il ne sait plus utiliser ses mains, il ne voit plus correctement… Le chirurgien ne s’inquiète pas. Pour lui, tout est normal. On essaye de lui faire confiance. Alphonse devrait tout récupérer petit à petit.

Effectivement, il récupère très vite la parole. Pour le reste… Ça peut prendre jusqu’à 6 mois nous a-t-on prévenu. Que c’est dur de l’entendre dire, tout triste, « mes pieds ne marchent plus ». On essaye de lui expliquer que ça va revenir, il ne nous croit pas. Et puis, petit à petit, ça revient. À l’heure où je t’écris – soit 5 semaines après l’opération – il peut marcher si on ne lui tient plus qu’une main sur de petites distances (dans la maison quoi), il a développé une habilité incroyable avec sa main gauche, lui qui était droitier. Sa main droite tremble toujours autant et n’a pas beaucoup de force mais il recommence à la solliciter. Quant aux yeux, la rééducation va prendre plusieurs mois. Il voit très bien mais ces deux yeux divergent : il doit toujours avoir un œil caché. Il a commencé ce qu’on appelle la rééducation neurologique.

D’un point de vue psychologique

Alphonse était, avant l’opération, un petit garçon adorable. Les colères ? Il en a faites, probablement, mais jamais je ne me suis dit « ça y est, c’est le terrible two » (contrairement à sa sœur…) L’opération l’a métamorphosé. Il est devenu monsieur Non. Toujours dans l’opposition, jamais satisfait. Tout ce qu’on fait, on le fait mal. Tout ce qu’on dit, on ne devrait pas le dire. Mon petit garçon est en colère. Contre la terre entière et contre lui-même. C’est usant. Mais comment lui en vouloir ? Il a toutes les meilleures raisons de ne pas être content. Le plus dur, c’est quand il nous dit en larmes qu’il ne veut pas avoir de bobo à la tête. À chaque fois, je me dis, si seulement on pouvait choisir…

Et au milieu de tout ça, l’attente encore et toujours. Sa tumeur a un nom : médulloblastome. Une seule certitude, elle est maligne et il devra donc y avoir un traitement. Mais lequel ? Pour ça, il faut attendre les résultats de l’anapath. Si on a de la « chance » c’est une tumeur à « risque standard », sinon on bascule dans la catégorie « à hauts risques ». Autant dire que le pronostic n’est pas du tout le même. Mais les analyses sont longues : environ un mois !

C’est dans ce contexte que je perds les eaux. Je suis dans la chambre de mon garçon, ça fait tout pile une semaine qu’il a été opéré. Facile je prends l’ascenseur, la maternité est deux étages en dessous. Je souris intérieurement quand je vois le stress du personnel médical. Les tumeurs cérébrales, ils gèrent, ils ont l’habitude. Les accouchements beaucoup moins !