La dernière chimio – fin

Lundi – J8

On commence la semaine avec une grande question: Alphonse est-il en aplasie ? Comment va se passer cette semaine ? Pendant les cures précédentes, c’est à chaque fois à cette période que ça n’allait pas. Lorsque je lui donne sa douche le matin je remarque plein de petits points rouges sur les bras. Mon garçon n’a pas l’air mal, mais je commence à paniquer. Le médecin me rassure très vite : ces petits points rouges s’appellent des pétéchies. C’est un signe de manque de plaquettes, la transfusion est prévue pour l’après-midi. À part ça, Alphonse est bien. Ça veut dire qu’il ne vomit pas et n’a pas de fièvre. On se contente de peu.

Mercredi – J10

Toujours pas de fièvre ! Je commence à y croire. Une aplasie facile. Enfin ! Il faut dire qu’il est toujours sous antibiotique et que l’immunoglobuline de la semaine précédente doit l’aider. Bien sûr, mon petit garçon est épuisé, il ne mange rien. Mais il arrive à sourire par moment, il dessine un peu… Plein de petites choses qui me font espérer. Lui a plein de projets. Des petits (manger des cannellonis et de la mousse au chocolat) comme des grands (retourner à l’école, prendre l’avion). Je lui promets qu’on fera absolument tout ce qu’il veut. Mais il faut attendre, encore et toujours. La perspective de la fin de la dernière cure nous donne du courage.

Jeudi – J11

Il semblerait que nous ayons réussi à échapper aux mucites, des aphtes qui profitent de la chimio pour proliférer. Les 4 bains de bouche quotidiens ont été efficaces. Ouf ! Nous attendons maintenant que les globules blancs réapparaissent, ses petits soldats comme je l’ai expliqué à mon fils. La moelle osseuse travaille à plein régime, il est crevé. Et nous, parents, le regardons dormir à la fois soulagés et impuissants.

Samedi – J13

D’après mes estimations, Alphonse devrait commencer à reproduire des globules blancs aujourd’hui. Je respire davantage. Son taux de plaquettes m’inquiète un peu. Alphonse est loin d’être autonome et a besoin d’une transfusion tous les deux jours. Mais rien d’inhabituel et les soignants gèrent. À 16h, le thermomètre monte. 38,3°C Ma seule réaction: « oh non ! » J’y croyais tellement à l’absence de fièvre. Le stress, jamais bien loin, revient au galop.

Dimanche – J14

La fièvre n’est pas revenue. Ouf ! Alphonse a débuté une antibiothérapie de cheval au cas où mais il semblerait qu’il n’y ait rien d’inquiétant. La sonde naso-gastrique commence à lui faire mal. Elle lui provoque des glaires et il n’arrive plus à avaler quoique ce soit. Il vomit de plus en plus de glaire. Ce qui devait arriver est arrivé : il a vomi la sonde. Les infirmières ont essayé en vain de la lui remettre. Alphonse hurle, se débat, crie qu’il ne veut pas de ce « petit tuyau ». J’ai l’impression de torturer mon fils. Le médecin décide enfin d’abandonner.

Lundi – J15

La sortie d’aplasie, c’est aujourd’hui. Danse de la joie ! Alphonse va beaucoup mieux, c’est dingue de voir à quelle vitesse il récupère. On commence à nous parler d’une sortie mercredi. On y croit ! En attendant, les plaquettes sont toujours dans les choux. Encore une transfusion. J’ai cessé de compter.

Mercredi – J17

Retour à la maison, après une énième transfusion !!! Après près de 2 mois en unité protégée, notre petit garçon va pouvoir enfin profiter de son frère et de sa soeur, qui ont tous les deux bien grandis pendant ce temps. Et du temps à rattraper, on en a ! On a comme une furieuse envie de vivre. Tous les cinq ensemble. Gustave a 5 mois, il est temps de découvrir la vie à 5.

La dernière chimio – 1ère semaine

DSC_1016Cette fois, je fais un article un peu différent des précédents. Je l’ai rédigé au fur et à mesure de cette dernière chimio. Pour essayer de retranscrire les états de doute et d’angoisse par lesquels nous passons.

Lundi – J1

Alphonse a passé un super week-end à la maison. Nous avons revu son sourire, il a remangé un peu. Ce dernier point me préoccupe beaucoup. Il a perdu 2,5kg sur les 20 qu’il faisait en février. Quand il comprend que nous allons à l’hôpital, son humeur s’assombrit d’un coup. Plus de sourires, très peu de mots. Sa chambre nous attend. Il ne veut pas y rentrer. Que c’est dur ! J’ai l’impression d’enfermer mon petit garçon. Les infirmières arrivent rapidement pour le piquer et lui brancher la perfusion. Ensuite, elles veulent lui poser tout de suite la sonde naso-gastrique pour démarrer immédiatement une alimentation la nuit. « Le petit tuyau » comme Alphonse l’appelle, il le connaît et n’en veut pas. Il hurle, se débat, vomit. Cinq fois. Les infirmières n’insistent pas davantage… pour aujourd’hui. Alphonse est en larme, il ne veut plus rien faire. J’ai beaucoup de peine et beaucoup de mal à le calmer. Les résultats de la prise de sang nous parviennent : ils sont bons. La chimio commence demain comme prévu.

Mardi – Mercredi J2-J3

Les infirmières arrivent enfin à poser la sonde naso-gastrique, non sans mal. Mon petit Alphonse se débat, hurle qu’il n’en veut pas. On lui explique encore et encore que c’est pour lui qu’on la pose, pas pour l’embêter. Et pendant ce temps les produits de la chimio se déversent dans ses veines. Dans la nuit de mardi à mercredi, le thermomètre monte à 39°C. Alphonse vomit. Le matin, il n’est pas bien du tout. Les médecins décident de poursuivre les injections de chimio. La fièvre ne réapparaît pas dans la journée. Mon petit garçon reprend du poil de la bête. Ça y est ! Plus de chimio ! Fini ! Maintenant, il ne reste plus qu’à attendre l’aplasie et espérer qu’il en sorte le plus vite possible… Nous savons bien que le plus dur de cette cure est devant nous.

Vendredi – J5

Hier, Alphonse a eu une injection d’immunoglobuline. Un produit dérivé du sang. Un concentré d’anticorps. Pour l’aider à combattre un petit virus qui sévit depuis plusieurs semaines (picornavirus, juste un rhume) et en prévision de l’aplasie qui devrait débuter ce week-end. Les donneurs sont merveilleux ; sans eux, je ne sais pas dans quel état serait mon petit garçon maintenant. Le vendredi c’est le jour de l’autogreffe. On lui réinjecte des cellules souches qu’on lui a prélevées en avril et congelées en attendant le moment. C’est grâce à elles que l’aplasie ne va durer qu’une  dizaine de jours, ce qui est déjà beaucoup ! Pendant l’autogreffe, Alphonse a le droit à une surveillance rapprochée : : prise de la tension et température toutes les 15 minutes, électrodes pour surveiller le pouls. Alphonse déteste ça, ces trucs en métal cylindriques l’effraient. Heureusement, ça ne dure pas longtemps. Après une heure, tout est enlevé. Demain, il aura le droit à une transfusion d’hémoglobine. Comme tous les samedis qui suivent la chimio… La première transfusion m’avait inquiétée, là je considère ça comme une routine. Et je me dis que ce n’est pas normal. Vivement la fin.

Mais avant la fin, il reste la partie la plus stressante de la cure : la période d’aplasie. Quand mon petit garçon n’a plus un seul globule blanc pour le défendre et que chaque microbe représente un risque pour lui. C’est pour demain ou après-demain.

La chimio – partie 2

Lundi 12 juin, nous retournons à l’hôpital pour débuter ce que les médecins appellent la chimio de consolidation. C’est une chimio à forte dose qui provoque (entre autre) une aplasie beaucoup plus longue et beaucoup plus profonde. Pour cette raison notre petit Alphonse est dans ce qu’on appelle une unité protégée. Il est isolé dans sa chambre, quand nous venons le voir, nous devons porter masque, blouse et gants et seules trois personnes de la famille ont le droit de lui rendre visite. Pour les autres, vive les appels vidéos !

Lundi, c’est le jour du bilan. Rien de spécial. A notre grande surprise, Alphonse ne dit rien. Il faut dire qu’il a déjà eu le temps de s’habituer à l’hôpital… Mardi les choses sérieuses commencent : première injection de chimio. La seconde a lieu mercredi. Et c’est tout ! Je trouve ça dingue quand je pense à tous les effets secondaires qui en découlent… La perte d’appétit arrive très vite, pour le reste, Alphonse à l’air plutôt bien. Les kinés viennent le voir tous les jours, une éducatrice également. On essaye de l’occuper comme on peut. Vendredi c’est l’autogreffe. On lui a  prélevé des cellules souches en avril (il a eu ce qu’on appelle une cytaphérèse) pour les lui réinjecter. Ces cellules vont produire des globules rouges, des globules blancs et des plaquettes. L’autogreffe le fatigue bien, mais il reste en forme. Nous sommes tellement soulagés ! Et la semaine suivante, l’aplasie commence. Les globules blancs se sont fait la malle, il n’en a plus un seul. La fièvre fait une entrée fracassante. Alphonse n’est pas bien du tout. Les symptômes sont ceux d’une gastro très violente. Il frissonne. Il pleure. Et on a peur. Les médecins aussi, même s’ils ne le disent pas. Ils lui placent des électrodes pour surveiller son rythme cardiaque. Tous les quart d’heure une infirmière vient surveiller l’état d’Alphonse. Son estomac arrête de fonctionner. Si ça ne s’améliore pas rapidement, il devra changer d’hôpital pour aller en réanimation… Heureusement, le lendemain matin il va mieux. Et récupère petit à petit. On comprend que les médecins ont craint le choc sceptique. Il en ressort faible et fatigué, mais cette épreuve et derrière nous… jusqu’à la prochaine cure. Il sera resté en tout hospitalisé 2 semaines et demi pour cette première cure et aura perdu 1,5 kg.

Après 4 jours à la maison (quel bonheur de voir les frères et sœur réunis, de le voir remanger et reprendre un peu de poids !), nous reprenons le chemin de l’hôpital la mort dans l’âme. Alphonse a bien compris ce qu’il se passait : la veille au soir, il a arrêté de manger. On se prépare à revivre une semaine plutôt simple et ensuite un gros stress. Sauf que cette cure ne se passe pas du tout de la même façon. La nuit suivant la première injection, Alphonse fait déjà de la fièvre. Il est encore affaibli par ce qu’il a traversé et il a un petit virus dans le nez. Ce n’est rien, l’équivalent d’un gros rhume. Mais il n’est pas bien du tout, et ça nous fait de la peine de le voir comme ça. Et voilà l’aplasie qui commence, encore. Et il fait de la fièvre, encore. Mais cette fois, pas de gros stress. Juste le cœur qui se sert quand on le voit exténué, quand il nous répète en boucle qu’il veut rentrer à la maison… ou juste marcher dans le couloir là, à côté, alors qu’il est incapable de marcher pour aller aux toilettes dans sa chambre… En ce moment, il est en train de sortir d’aplasie et il va de mieux en mieux. On espère qu’on pourra l’avoir à la maison le week-end prochain. Mais après 2 semaines de fièvre, il est lessivé.

Alors d’un côté je suis pressée qu’il fasse sa 3ème et dernière cure, qu’on en finisse et qu’il puisse être à la maison avec nous, qu’on puisse enfin prévoir des activités, des week-end chez les grands-parents. Et d’un autre côté je me demande, mais comment va-t-il la supporter ?

La chimio – partie 1

La toute première fois que j’ai entendu parler de chimio, j’ai eu peur. Pas pour ce que la chimio était mais par ce qu’elle sous-entendait. C’était il y a 3 ans, c’était lors du cancer de mon papa. Évidemment, j’avais raison d’avoir peur et j’avais même de la chance de n’y être confrontée qu’aussi tard. Il n’empêche qu’à ce moment là, j’étais loin de lui géographiquement. J’ai vu les ravages de la maladie, j’ai vu que la chimio ne servait à rien d’autre qu’à lui prendre le peu de force qui lui restait. Mais de la chimio en elle-même, je n’ai rien vu.

Alors quand j’ai appris que mon petit Alphonse devait avoir de la chimio, j’en ai frémi… et je me suis posé plein de questions. La première chose que les médecins m’ont dite c’était qu’il ne fallait surtout pas comparer deux chimios entre elles, et encore moins celle d’un adulte avec celle d’un enfant. D’une part la maladie n’étant pas la même les chimios sont différentes et d’autre part les enfants sont formidables. Ils encaissent beaucoup mieux que les adultes et récupèrent bien plus vite (big up à la réflexion de l’ATSEM d’Alphonse quand je lui ai dit ça : « oh la chance ! » Pas vraiment non…) Enfin, pour une même maladie, un même traitement, les enfants ne vont pas réagir de la même façon. Bref, c’est l’inconnu.

Alors concrètement, une chimio qu’est-ce que c’est ? C’est du poison qu’on injecte dans le sang. Ni plus ni moins. On parle de cure de chimiothérapie. Une cure regroupe l’ensemble des jours pendant lesquels les produits de chimio sont injectés. Dans le protocole d’Alphonse, il a 6 cures en tout. Une toutes les trois semaines (en théorie). Avant chaque chimio Alphonse est pesé et les produits de la chimio sont préparés le jour même en fonction de son poids (au gramme près, c’est impressionnant). Les produits de la chimio vont tuer les cellules au cycle de vie court. Les cellules cancéreuses donc, mais aussi les cellules sanguines (globules blancs, globules rouges, plaquettes), les cellules de la peau, les cellules des cheveux, certaines cellules du tube digestif… Voilà pour les dommages collatéraux.

Alphonse a commencé par trois cures de petites chimios. Les médecins les appellent les chimio d’induction et les qualifient de petites en comparaison aux chimio de consolidation, beaucoup plus agressives. Comment ça s’est passé ?

Alphonse rentrait à l’hôpital le mardi. Et on lui injectait les produits les mardi, mercredi et jeudi. Le vendredi, c’était le « rinçage » et on rentrait à la maison. L’hôpital c’était pénible, bien sûr, 4 jours pour un petit bonhomme de 4 ans, c’est long. Surtout qu’à ce moment là, ce sont les nausées et les vomissements. Mais ce n’est pas le pire. Le plus dur vient après. Le mardi suivant. J8 comme disent les médecins. Lorsque l’aplasie commence. L’aplasie c’est lorsqu’il y a trop peu de globules blancs pour protéger correctement le corps humain. C’est un stress permanent. On doit prendre la température tous les matins et tous les soirs. Si jamais on dépasse 38°C, direction l’hôpital, sans réflexion. Pour 3 jours d’hospitalisation minimum. Sur les 3 cures qu’Alphonse a faites, il a fait 2 aplasies fébriles. C’est pour moi le plus gros stress. Les globules rouges et les plaquettes ? On peut transfuser (et j’en profite pour remercier chaudement tous les donneurs !) Les cheveux ? Pfff aucune importance ! Mais le nombre trop faible de globules blancs le met à la merci de tout et de rien. Pour les chimios d’induction, l’aplasie est modérée. Je crois que le seuil le plus bas qu’Alphonse ait atteint, c’était 300 (la normal c’est entre 1500 et 5000, on parle d’aplasie quand le seuil de 500 est atteint)

Ces 9 semaines de « petites » chimio ont été éprouvantes. Mais tout s’est très bien passé. Quelques jours moins biens, mais beaucoup de rires et de bonnes humeur, et surtout quelques jours à la maison. Maintenant nous sommes dans les chimios de consolidation, c’est beaucoup plus dur. Je reviendrai en parler quand j’aurais réussi à prendre un peu de recul.

Soulagés

IMG-20170603-WA0007Le lundi 22 mai, le ciel nous tombait encore sur la tête. Je crois sincèrement que les médecins s’attendaient à ce que cette tâches suspecte soit une récidive. Mais dans le doute ils ne nous avaient rien dit. Peut-être que je me fais des films… En tout cas, c’est la nouvelle à laquelle on s’attendait. On essayait de s’y préparer. On s’était dit qu’Alphonse n’échapperait pas à la radiothérapie. Je commençais à me renseigner sur la protonthérapie, moins délétère que la radiothérapie classique (dans laquelle des photons sont utilisés) qui ne se pratique qu’à Nice ou Paris. J’avais commencé à réfléchir à toute la logistique que cela implique. Et, ça me donne des sueurs froides encore maintenant de l’écrire, mais je m’étais dit que mon petit garçon ne survivrait pas à sa maladie. Alors je m’étais demandé où on devrait l’enterrer, comment le faire, comment on pourrait continuer à vivre notre vie… Beaucoup d’idées noires quoi.

Et le jour de l’opération est arrivé. Ré ouvrir le crâne, retourner chercher un truc au même endroit… A nouveau une opération longue et risquée. À nouveau les neurochirurgiens nous ont dit de faire quelque chose qui nous occuperait l’esprit pour la journée (mission impossible, évidemment), ils nous appelleraient quand ça serait fini. Et j’avais peur qu’à nouveau il se réveille en ayant perdu la parole, la marche…

La 1ère bonne nouvelle est venue rapidement: l’opération s’était bien passée, et quel que ce soit ce truc, il n’y était plus. Nous avons vite été le voir en réanimation. 2ème bonne nouvelle: cette fois son cœur n’avait pas besoin d’aide pour battre, Alphonse n’avait pas besoin de tuyau pour respirer. Cette fois, il n’est resté que 24h en réa.

Et le surlendemain LA bonne nouvelle. Celle à laquelle nous ne croyions pas. L’oncologue d’Alphonse est venue dans sa chambre. Pas de bonjour, pas de serrage de mains. Directement: « Ce n’est pas une rechute » Elle n’avait que cinq minutes, elle était en retard pour ses rendez-vous, mais elle avait quand même fait le détour pour nous. Elle nous a expliqué que les neurochirurgiens avaient injecté un produit pour limiter le saignement (et je ne suis pas sûre d’avoir bien compris) et que dans de rares cas ce produit absorbait le produit de contraste de l’IRM. C’est ce qui s’est passé pour Alphonse. Les médecins du service ont été vexés comme des poux de ne pas être au courant avant nous et nous avons eu quelques réflexions désagréables (je vous le donne en mille: « ce n’est pas le résultat définitif ») mais peu importe, il ne pouvait y avoir meilleure nouvelle pour notre petit garçon.

Alors, parfois je me dis qu’il s’est fait reopérer pour rien. Que ces deux semaines d’hospitalisation, on aurait pu s’en passer, qu’on passe suffisamment de temps comme ça dans ces murs blancs. Et puis je me raisonne, il vaut mieux avoir fait cette opération « pour rien » que faire une radiothérapie pour rien. Et je me dis que la vie est une farceuse. Elle a un humour bien pourri, elle a été un peu garce sur ce coup là. Mais je regarde le sourire de mon petit garçon et je me dis que, malgré tout, la vie est belle. Nous traversons une épreuve que je ne souhaite à personne mais nous avons la famille et des amis pour nous soutenir et surtout trois merveilleux enfants. Alors, en attendant des cieux un peu plus bleus je profite de chaque éclat dans leurs yeux, de chacun de leur rire et je me dis que j’ai de la chance d’en avoir autant.

Et pour finir, je partage avec vous les mots de mon petit garçon qui m’ont tant amusé ce midi: « Je suis un monstre effrayant. Je vais manger tous les médecins » Oh oui mon chéri, tu te bats comme un chef !

Et ça continue

Je trouvais mon dernier billet assez sombre alors je voulais en écrire un plus léger. Un dans lequel je vous aurais raconté ma chance d’être entourée et soutenue. Par mon mari d’abord, qui ne travaille plus depuis mars et sans lequel je ne pourrai y arriver, par mes beaux-parents aussi, toujours prêts à garder Ernestine, par ma mère enfin qui descend dès que nous avons besoin d’elle, posant ses congés (presque) sans compter. Et tout le reste de la famille, nos amis qui nous soutiennent autant qu’ils peuvent. Je vous aurais raconté ma chance d’habiter dans une grande ville, à 30 min de l’hôpital où Alphonse se fait suivre et où la prise en charge est excellente. Je vous aurais raconté Gustave, qui du haut de ses 2 mois et demi est un bébé vraiment cool. Je vous aurai raconté les progrès d’Alphonse, comment il recommence à marcher et sa fierté d’y arriver seul.Je vous aurais raconté tout ça pour conclure que ça pourrait être pire.

Sauf que…

Sauf que lundi dernier Alphonse a fait sa 1ère IRM de contrôle. Ça devait être une simple formalité puisqu’il est en pleine chimio.

Sauf que les médecins y ont vu un truc louche. Un truc qui ne devrait pas y être. Une récidive ? Autre chose ?

Sauf que les médecins ne savent pas ce que c’est. Et il faut savoir.

Sauf que le seul moyen de savoir, c’est d’aller chercher ce truc. Ça veut dire une nouvelle opération de neurochirurgie. Avec autant de risques que celle de l’exerèse.

Sauf que le mois de mars a été le pire de ma vie et je ne pensais pas devoir le revivre.

Sauf que si mon petit garçon fait déjà une récidive, le pronostic s’assombrit, et son petit cerveau devra être irradié.

Sauf que je vis dans la peur et dans l’attente. Et même si nous n’y croyons pas, nous espérons que ce truc c’est autre chose.

Le traitement

Après une attente qui nous paraît interminable, nous apprenons avec soulagement que la tumeur de mon petit Alphonse est une tumeur à risque standard. Double soulagement : d’une part (et surtout), les chances de guérison sont plus importantes, d’autre part on peut commencer le traitement et avoir ainsi l’impression de faire quelque chose.

Oui, mais quel traitement ? Les médecins nous disent que le choix nous revient. Ayant moins de cinq ans, deux options s’offrent à Alphonse. La première, c’est la radiothérapie suivie de la chimiothérapie : 6 semaines d’irradiation avec une anesthésie générale quotidienne. Et des séquelles potentiellement très graves. Puis 12 cures de chimiothérapie standard. La seconde, c’est uniquement de la chimiothérapie : 3 cures standard suivies de 3 cures à haute dose. Et des séquelles moins graves. Dit comme ça, le choix est vite fait, n’est-ce pas ? C’est probablement pour ça que les médecins nous l’ont présenté comme ça. Certes, le choix nous revient et c’est nous qui avons dit non à la radiothérapie, mais les médecins nous ont quand même fortement influencés (et c’est tant mieux !) D’autant plus qu’en cas de récidive, nous aurons encore l’arme de la radiothérapie (si seulement nous pouvions ne jamais en avoir besoin…) Et, ce qui n’est pas pour nous déplaire, le traitement est quand même beaucoup moins long !

Une fois cette décision prise, la toute première question que nous avons posé c’est : quand commence-t-on ? Réponse immédiate : demain. Ça fait un mois qu’Alphonse s’est fait opéré, maintenant que les médecins connaissent avec certitude la tumeur, et donc le traitement à lui associer, aucune raison de traîner. Au contraire.

Le traitement se découpe donc en deux blocs de chimiothérapie. Le premier s’appelle la chimiothérapie d’induction. J’y apprends des noms barbares tels que vincristine ou cisplatine. Des molécules qui font tomber les cheveux (alopécie, encore un nom barbare, il y en a beaucoup !), diminuer l’hémoglobine et les globules blancs… Et attaquent la tumeur. Alphonse est hospitalisé 4 jours par cure. Il a ensuite deux semaines de répit et on recommence. Enfin, je ne suis pas sûre que le terme répit soit bien adapté. Entre les séances de rééducation, les injections et prises de sang, les journées sont quand même chargées. Mais ce n’est rien par rapport à la chimiothérapie à forte dose. Celle là s’appelle la chimiothérapie de consolidation. Et mon petit Alphonse sera hospitalisé 3 semaines toutes les 3 semaines… Autant dire quasiment 9 semaines en continu. Il y a mieux comme vacances n’est-ce pas ? Mais qu’est-ce qu’un été gâché quand la vie de mon petit garçon est en jeu ?

On est le 28 mars et la machine est lancée. Je compte chaque semaine qui me rapproche de la fin du traitement, je stresse à chaque symptômes de fièvre, chaque repas non pris… Et je me lève toutes les nuits pour Gustave. Je m’épuise. Je cherche la lumière du bout du tunnel et je m’y accroche comme un naufragé s’accroche à sa planche. C’est ce qui me permet de tenir. Courant août, nous retrouverons une vie.

Mon petit guerrier

unnamedMon petit Alphonse, tous les jours j’ai peur pour toi. Peur de ce vilain crabe. Peur de cette bataille. Peur de cette convalescence qui s’annonce si longue et si ardue. Et alors je me souviens.

Je me souviens de ce matin d’avril 2012 où je savais que j’avais déconné et que j’ai été cherché la pilule du lendemain à la pharmacie. Et que non, tu étais accroché, tu es resté.

Je me souviens de ce soir de décembre 2012, où enceinte de 8 mois, nous étions sur l’autoroute du côté de Sisteron. Le verglas s’est formé vite, nous roulions vite aussi. La voiture a été bonne pour la casse. Et toi, tu as été un peu secoué, c’est vrai. Mais tu n’es pas sorti pour autant, mon dernier mois de grossesse s’est déroulé sans encombre.

Je me souviens de tes 3 premiers mois où la constipation te faisait pleurer de douleur toute la journée. Ce n’est pas très grave, mais tu as souffert. Et c’est passé.

Je me souviens de la fausse route que tu as faite à 2 mois à cause du pipette de médicament défectueuse. Comme tu es devenu blanc comme un linge, que tu as arrêté de respirer. Et que mon médecin de sœur a eu le geste qu’il fallait.

Je me souviens de ton premier hiver où ta bronchite s’est éternisée de longs mois et qu’il a fallu de la kiné respiratoire pour que tu ailles enfin mieux.

Je me souviens lorsque du haut de tes 14 mois tu nous a fait une pneumonie. 10 jours d’antibiotiques, une belle frayeur, et c’était fini.

Je me souviens que pour tes 18 mois tu t’es cassé la jambe. Un plâtre du pied jusqu’à la hanche. Mais si peu de plaintes !

Je me souviens de ces nuits blanches où le thermomètre flirtait avec les 40°C et que tu tremblais comme une feuille.

Et quand je me souviens de tout ça, je me dis que non, tu es un battant, un vrai petit guerrier. La bataille que tu es en train de livrer est un peu plus longue, un peu plus dure. Et nous avons déjà de belles victoires au compteur. Alors, continue comme ça. Je ne sais qu’une chose : j’ai confiance en toi.

L’attente

Les jours à la maternité sont éprouvants. Comme tous les nourrissons, Gustave veut passer sa vie au sein. J’attends avec impatience la montée de lait qui devrait me donner un peu de répit et surtout je le confie quelques heures par nuit à la pouponnière pour que je puisse dormir un peu. Et qu’il reçoive un complément pour que lui dorme aussi (oui, je sais, c’est mal) Je vis très mal le fait de savoir que mes 2 garçons ne sont séparés que de 3 étages mais que je ne peux être avec les deux en même temps. Gustave n’a pas le droit de sortir de la maternité, Alphonse est trop faible pour rester plus de 30 minutes dans ma chambre. Donc, dès que Gustave s’endort, je descends passer un peu de temps avec Alphonse. Sans surprise, au bout de 3 jours je suis épuisée. Et j’attends le retour à la maison avec impatience. Bonne nouvelle, je peux ramener mes deux garçons avec moi !

Mais avant la sortie, on rencontre l’oncologue. Elle nous explique le marathon qui nous attend. Ou plutôt, les différentes options. On ressort de là avec une certitude : le traitement va durer entre 6 et 9 mois. Et la peur au ventre. On ne sait pas encore quel type de médulloblastome a squatté le cerveau d’Alphonse. Pour le définir, 3 examens sont nécessaires.

Le premier a été fait lors de l’IRM au tout début, et nous avons déjà les résultats : pas de métastases. Le deuxième sera fait dans les jours qui viennent et les résultats sont rapides. Une ponction lombaire pour voir si des cellules cancéreuses ont essaimé dans le liquide céphalo-rachidien. Le troisième est une analyse histologique de la tumeur : ils recherchent s’il y a une mutation d’un gène bien particulier (oncogène c-myc) qui rendrait la tumeur encore plus agressive. Et là, les délais sont bien plus longs.

Si un seul de ces résultats est mauvais, Alphonse fera partie du groupe à haut risque. Un pronostic beaucoup plus mauvais, une radiothérapie inévitable. Si on est dans le cas le plus favorable, on pourrait se passer de radiothérapie.

Au début, je ne comprends pas pourquoi un tel accent est mis sur la radiothérapie. Je connais des femmes qui ont eu un cancer du sein et qui ont fait de la radiothérapie sans se poser (trop) de questions. Sauf  que là, la zone irradiée est le cerveau et la moelle osseuse d’un petit garçon de 4 ans. 2 zones encore immatures mais primordiales. Les séquelles peuvent être terribles. Tout d’abord, un retard de croissance : les vertèbres irradiés ne s’étirent pas comme ils devraient. Et ensuite un retard de développement cognitif. Dans le meilleur des cas, Alphonse pourrait avoir un peu de mal à l’école mais suivre une scolarisation classique (difficultés d’apprentissage). Dans le pire des cas…   je n’ose l’imaginer. Et bien sûr, impossible de savoir à l’avance les effets de la radiothérapie sur Alphonse ! Sans compter qu’à 4 ans, cela se traduit le plus souvent par une anesthésie générale quotidienne pendant 6 semaines (avec les we en repos)

A côté de ça, les séquelles de la chimio me semblent bien faibles : risque de perte d’audition (certaines fréquences seulement) et de stérilité… Pour la stérilité, je me dis que le jour où il se posera la question, c’est que le combat sera gagné. J’en viendrais presque à espérer qu’il souffre un jour d’être stérile : ça voudrait dire qu’il serait prêt à fonder une famille…

En attendant, nous croisons les doigts pour être dans le groupe à risque standard, pour ne pas avoir besoin de radiothérapie…

et même si je me suis posée cette question en permanence pendant deux semaines, il est inutile de faire durer le suspense. Oui ! nous sommes dans le bon cas. Oui ! nous échappons à la radiothérapie (pour l’instant… j’espère ne pas connaître de récidive) et c’est parti pour 6 mois de chimio…