Laisser du temps au temps

unnamed Dans 4 petits mois, je devrais faire connaissance avec le petit haricot que je sens régulièrement dans mon ventre. Découvrir s’il s’agit d’une fille ou d’un garçon. Comparer s’il (ou elle) ressemble à son frère – teint foncé, brun, yeux noir –  ou sa sœur – teint clair, rousse, yeux bleus. Et régulièrement, je me dis que j’ai hâte de faire cette rencontre. Alors, aussi souvent que nécessaire, je prends le temps de réfléchir 5 min.

Cette grossesse devrait être ma dernière

Alors, plutôt que d’envisager la fin de la maternité, je devrais savourer chaque instant. Surtout qu’en ce moment, j’ai de la chance. Mes contractions se sont tues. Mes douleurs ligamentaires sont en sourdines. Je dors bien. Mon mal de dos ne s’est pas encore réveillé. Bref, j’ai une grossesse sereine. Je porte fièrement mon gros bidon et n’hésite pas à l’utiliser pour demander une place dans le bus si j’en ressens le besoin. C’est une sérénité dont je ne me rappelle pas pour mes grossesses précédentes. Et sentir ces petits coups à l’intérieur de soi… je me laisse toujours autant surprendre et autant attendrir. C’est un peu mon jardin secret, et je le protège.

Un nouveau-né ? Hum, ça ne vend pas forcément du rêve

Quand on dit « bébé », on a tendance à penser aux photos des faire-part. Moi en tout cas, c’est ma 1ère pensée. Ah ah. Je suis déjà passé par là 2 fois, je le sais : un bébé ce n’est pas que du bonheur. Ce n’est pas la petite bouille toute mimi qui ne fait que dormir. C’est aussi des nuits pourries, des cacas atomiques, des régurgitations sur le canapé, des pleurs de décharge le soir. C’est surtout un laps de temps (assez court) où on met notre vie entre parenthèses. Alors, vraiment, ai-je hâte de revivre tout ça ?!

Il s’en passe des choses pendant 4 mois

Bien sûr, il y a les fêtes, les repas de familles, les moments entre amis… Mais surtout il y a Alphonse et Ernestine. En 4 mois, il s’en passe des choses ! Alphonse va avoir 4 ans en janvier, Ernestine 2 ans en février. Les évolutions, les progrès sont quotidiens. Je ne désespère pas qu’Alphonse sache s’habiller tout seul d’ici mars. Il parle maintenant comme un livre, à une mémoire de dingue et prend désormais son rôle de grand frère très au sérieux. Ernestine s’est transformée de bébé en petite fille – et ça continue ! Elle veut désormais tout faire toute seule, fait une fixation sur les chapeaux, essaye mes chaussures et répète tous les mots qu’elle entend. Au lieu de regarder ces 4 mois qui me séparent de la naissance comme un temps interminable, je ferai mieux de profiter du calme que j’ai pour passer le plus de temps avec mes 2 enfants déjà présents, plein de vie et qui ne demandent que ça.

Alors, tout aussi régulièrement, je me dis qu’il faut laisser du temps au temps. Que tout ce qui doit arriver arrivera bien assez vite et qu’en attendant, il me suffit de profiter de ce que j’ai déjà !

Quand le destin s’en mêle

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Il n’y a pas si longtemps, je m’interrogeais sur un 3ème ou pas. J’avoue que je n’avais pas totalement joué cartes sur table : le 3ème je le voulais et dans mon macro-planning je le voulais pour l’automne 2017. Avec le recul, je trouve qu’avoir un bébé en septembre c’est le mieux :

  • ça te permet de reprendre le boulot tranquillement en janvier. Bien sûr, il y a moins de place en crèche ou nounou qu’en septembre, mais c’est mieux que les autres mois de l’année
  • les 1ères grandes vacances, c’est avec un bébé de presque 1 an. En théorie, il a un rythme, fait ses nuits, s’intéresse à ce et ceux qui l’entourent
  • un 3ème est censé être plus dégourdi qu’un premier. Et rentrer à l’école à 3 ans plutôt que 3 et demi bien tassés serait sûrement mieux pour lui. J’imagine qu’il aura besoin de stimuli plus vite que l’aîné en a besoin
  • ça permet d’économiser un an de nounou
  • ensuite, pendant toute sa scolarité, la rentrée lui permet de faire une fête d’anniversaire et de retrouver ses copains qu’il (elle) n’a pas vu pendant 2 mois
  • et puis, ça me permettait de prendre mon nouveau poste sereinement

Bref, comme tu vois, j’avais longuement réfléchi à la question. Et j’essayais doucement de convaincre mon mari de la justesse de mon raisonnement. Il n’était pas contre à 100%, mais 3 enfants lui faisait un peu peur (oui, il a raison, je sais !). Et, c’est vrai qu’Alphonse et Ernestine ne sont pas bien grands.

En revanche, ce que je ne savais pas, c’est que quand j’ai écrit cet article… et bien j’étais déjà enceinte ! Oui, bon, la contraception et moi, on n’est pas très copines. Mais là, je ne m’y attendais pas du tout. Je m’explique : c’est vrai, j’avais du retard. Et pas qu’un peu. Evidemment, j’avais flippé et fais un test. Négatif. Ouf ! (AH AH) J’avais un peu mal au ventre, c’est que mon cycle allait bientôt commencer… Alors j’attends. Une semaine après, toujours rien. D’habitude, j’ai des cycles très réguliers. Je refais donc un test. Toujours négatif. Complètement perdue, j’appelle ma sage-femme. Qui me prescrit une prise de sang. Je m’empresse de la faire. Négative. Bon. ça va forcément venir. 1 semaine (encore) plus tard, toujours rien. Je refais un test pipi. Toujours négagtif. Je sais que je ne suis pas enceinte mais je commence à m’inquiéter.  Et si la machine était cassée ? Ma sage-femme me prescrit une échographie pour chercher l’origine du problème. J’y vais un peu anxieuse bien sûr. Et là, le verdict tombe : « madame, c’est une grossesse toute récente. » Euh… quoi ?! ça voudrait dire que je suis tombée enceinte après la date théorique de mes règles, moi qui suis réglée comme une horloge depuis mes 13 ans ???

Et bien oui. Bim ! Le macro-planning à la poubelle, adieu mon bébé d’automne ! Le papa n’a pas besoin de prendre une décision si importante, le destin l’a prise pour nous. Evidemment, on s’est posé la question de savoir de ce qu’on allait faire. On a bien du se la poser… 3 secondes. ça n’aurait pas eu de sens d’avorter maintenant pour avoir un bébé dans 6 mois alors que tant de couples galèrent… et puis rien ne nous garantissait que dans 6 mois ça aurait marché !

Alors maintenant, c’est parti ! Et c’est décidé : sur 3 bébés, 2 sont des surprises. Il serait peut-être temps de prendre une décision radicale pour éviter d’autre(s) surprise(s). Voilà mon défi pour 2017 : trouver un médecin qui accepte de ligaturer les trompes d’une femme de 30 ans ! Si tu as des pistes, je suis preneuse !

Seule

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J’ai eu mon 1er enfant relativement jeune. A 26 ans. Je sais que certaines l’ont beaucoup plus tôt, mais avec mon bac+5, je faisais un peu figure d’extraterrestre. Avant ma grossesse, je vivais mes années post étudiantes avec insouciance. Pour la 1ère fois, j’avais de l’argent, des copains aux quatre coins de la France et une furieuse envie de profiter de la vie.

Et puis… un petit haricot s’est accroché malgré tout dans mon ventre. Le rythme de vie que je menais ne lui faisait apparemment pas peur ! J’ai essayé tant bien que mal de continuer à profiter des quelques week-ends que j’avais, ce n’était plus pareil. Trop loin, trop fatiguée… j’ai commencé petit à petit à me sédentariser. Il faut dire que faire des horaires décalés n’arrangeait rien, au contraire ! Moins disponible et plus fatiguée : combo gagnant pour s’isoler !

Les débuts avec Alphonse ont été très rudes. Le pauvre a été constipé dès la naissance. Les biberons d’Hépar, les compotes de pruneau n’y faisaient rien : il avait mal au ventre. Et pleurait non stop toute la journée. Alors oui, bien sûr, il a fait ses nuits très tôt. Mais ce n’était que parce qu’il était épuisé de tant pleurer la journée. Les sorties dans ces conditions ? Oubliées, bien sûr.

J’ai arrêté de travailler en 3×8 lorsque je suis tombée d’Ernestine. Je retrouvais tous mes week-ends, joie ! Je les passais exclusivement à dormir dans un 1er temps et à consacrer du temps à Alphonse ensuite. Les sorties avec les copains ? J’en faisais un peu, bien sûr, mais tellement moins qu’avant !

Et Ernestine est née. Dans le groupe de copains, quelques grossesses étaient annoncées. Pas beaucoup, mais il faut bien un début. Sauf que 2 enfants, c’est 2 fois plus de travail. Difficile de partir un week-end entier et laisser le papa gérer tout tout seul. Pas que je ne lui fasse pas confiance, mais bon, c’est pas très sympa de le mettre la tête sous l’eau pour que j’aille m’amuser. (oui, j’avoue, je le fais environ tous les 6 mois !)

Et maintenant, je me rends compte que je suis déconnectée de mes amis. Qu’ils ne me proposent plus systématiquement de me joindre à eux : j’ai tellement refusé d’invitations ! Et je me sens un peu seule. Alors bien sûr, je le comprends, c’est dans l’ordre des choses. Mais des fois j’ai un petit pincement au cœur.

Est-ce que je regrette d’avoir eu mon 1er enfant si jeune ? Parfois oui, je l’avoue. Mais alors je pense à mon papa qui est mort il y a 2 ans déjà. Et je me dis que si c’est le prix à payer pour qu’il ait pu faire connaissance avec son 1er petit-fils, je le paye sans hésiter une seconde.

Et la vie continue. Les amitiés se font et se défont. Et je suis sûre qu’avec l’entrée à l’école de mon grand, je vais rencontrer des parents qui comprendront ce que c’est que d’avoir 2 enfants… et bientôt 3 🙂

« Je ne veux pas d’enfant »

hqdefaultCa fait plusieurs fois que j’entends cette petite phrase si lourde de sens. Et en général, elle est souvent accompagnée d’un parce que. Une question de budget, d’envie, de carrière… La plupart sont valables et, à défaut de les comprendre, je les entends. Mais, au milieu de toutes ces raisons (censées), il y en a une qui me pose problème : « je ne veux pas donner la vie dans un monde aussi pourri que le nôtre » A chaque fois, cette excuse je la trouve piteuse.

Je conçois que le monde des bisounours est à des année-lumière de notre quotidien. L’attentat de Nice est un drame qui s’ajoute à une liste déjà beaucoup trop longue. Notre planète est malade et continue de décliner, la politique mondiale n’en faisant pas assez d’un point de vue écologique. La racisme est encore présent, l’égalité culturelle, sociétale, sexuelle est encore un doux rêve auquel quelques rêveurs s’accrochent. La crise économique a laissé des traces durables, le chômage touche encore beaucoup trop de monde. Notre société est droguée aux antidépresseurs, somnifères et autre cachets. Non, c’est sûr, dit comme ça notre monde ne fait pas envie.

Et pourtant… si, au lieu de se lamenter et de soupirer, on regardait le verre à moitié plein ?!

D’un point de vue historique, il y a eu de nombreuses périodes sombres auxquelles je suis bien contente d’avoir échappé. En voici quelques unes :

  • La persécution des chrétiens
  • L’inquisition
  • La chasse aux sorcières
  • La Terreur

Je ne parlerai pas de toutes ces dictatures qui jalonnent l’histoire (et qui existent encore pour certaines), de l’esclavage ou des épidémies qui décimaient une bonne partie de la population… Non, je me contente de me trouver chanceuse d’être née en France à cette époque. Il y a (eu) tellement pire !

D’un point de vue pratique, je suis bien contente de bénéficier de tout le confort que nous offre la vie moderne

  • l’eau courante et l’électricité
  • les différents moyens de transport pour voyager
  • les supermarchés / marchés où je trouve toujours ce qu’il faut pour nourrir ma famille
  • le téléphone et internet pour rester en contact avec ceux qui me sont chers et qui habitent loin
  • la médecine moderne qui permet de (presque) tout soigner

Alors, je le redis, même si je connais des moments de doutes, de peur, d’abattement, même si je suis consciente que notre monde est très imparfait et qu’il y a encore tant à faire, même si le terrorisme est une triste réalité et qu’on ne connaît pas les conséquences du réchauffement climatique, je suis heureuse. Heureuse de câliner mes enfants et leur faire découvrir la vie, en espérant leur transmettre le bonheur des choses simples. Heureuse de retrouver mon mari tous les soirs et de pouvoir discuter avec lui. Heureuse d’avoir des amis avec qui aller boire un verre et échanger sur des sujets plus ou moins futiles. Heureuse de faire de nouvelles rencontres régulièrement qui m’enrichissent et me font découvrir tant d’autres choses.

Et parce que je suis heureuse malgré tout, je me dis que mes enfants pourraient l’être (et j’espère qu’ils le seront) et que donner la vie est une aventure merveilleuse et un cadeau- un peu empoisonné par moment – mais un cadeau formidable.

Pour conclure, voici un extrait d’un livre de jeunesse que j’avais adoré à l’époque et qui m’a beaucoup marqué par la justesse de l’écriture :

« Finalement, l’enfance n’est pas une maladie très grave : elle finit toujours par passer.
 Parfois, pourtant, ça ne se passe pas très bien. C’est que cet âge n’est pas garanti pur fruit pur sucre. On y trouve des noyaux, aussi. Ou pis. Même les enfants heureux peuvent avaler de travers un bout d’existence. ça ne les empêche pas de rire. Quant aux autres. Quand l’existence leur fait la vie dure, ils se fabriquent bravement de petits bonheurs, à la vie-comme-je-te-pousse. » (Fil de fer, la vie. Jean-Noël Blanc)

Un 3ème pour la route ?

sans-titreL’envie du 1er enfant est souvent viscérale. On veut un enfant à nous. Un bébé à chérir, à pouponner, à écouter hurler pendant des heures. Et cet enfant, un jour, on l’a. On découvre la vraie vie de parents. Et on se dit que non non, on ne nous y prendra plus. Maintenant qu’on fait partie de la secte de celles qui savent, c’est bon, on a donné ! Et puis… bébé grandit. Il se transforme peu à peu, devient petit(e) garçon / fille, et on se dit que ce serait chouette qu’il ait un compagnon de jeu. Et notre cœur de maman (complètement amnésique) fond devant les petites bouilles toutes rondes des bébés de notre entourage (ou pire internet : un bébé est TOUJOURS mignon en photo, on oublie le avant et après shooting !) Alors c’est reparti pour un tour. C’est vrai quoi, un seul enfant, c’est pas une vraie famille !  On a à nouveaux des nausées / mal de dos / de l’acné à faire pâlir d’envie tout ado bien boutonneux. On guette à nouveaux l’apparition de vergetures en se tartinant à l’envie. On se retransforme à nouveau en baleine redoutant d’accoucher d’un baleineau. Et tout ça en gérant comme on peut n°1. Alors le soir, après une contraction bien violente en portant le gremlins qui hurlait dans la rue, on se regarde les yeux dans les yeux avec monsieur et on se demande « mais qu’est-ce qui nous a pris ?! On est des fous ! Et pire, on en est conscients ! » (parce que bon, pour le 1er on est des fous aussi, mais on a l’excuse de l’inconscience)

On n’a pas fini de remâcher notre (dé)veine que n°2 débarque. Et c’est reparti pour un tour. Avec 2, les montagnes russes sont un peu plus hautes, le train un peu plus rapide. Mais bon, on flippe moins, on l’a déjà fait. Et puis… voir n°1 se transformer en grand(e) frère / sœur, c’est magique. Voir la complicité qui naît entre les deux, ça vaut bien quelques mois de nuits blanches. On est bien quoi. Et on jure que non non non, on ne nous y prendra plus (again !) 2 c’est bien.

Et puis, sans que je m’y attende, il y a cette petite voix qui est revenue. 2 c’est bien. Mais 3 , c’est mieux :

  • t’en connais beaucoup des jeux de société sympas qui se jouent à 2 ? Des jeux tout court d’ailleurs
  • quand il y en a un qui est invité chez un copain, avec qui joue le 2ème ?
  • toujours bien d’avoir un 3ème pour départager en cas d’engueulade. Le rapport de force sera toujours d’un côté ou de l’autre, les conflits moins longs
  • plus on est de fous plus on rit (et on a déjà démontré qu’on était fous !)
  • et un tout petit bébé c’est tellement mignon !!!!!!!! (amnésique je te dis !)
  • j’ai beau essayé de me raisonner, de penser de façon rationnelle… rien n’y fait. J’ai l’impression que ma famille n’est pas complète.

Alors voilà, je me retrouve à rêver encore bébé. Pourtant je sais que je n’aime pas être enceinte, qu’Ernestine est encore toute petite et Alphonse pas si grand. Je sais que je n’aime pas materner. Et, surtout, je sais que monsieur Papa n’est pas encore (tout à fait) prêt. Mais ce que je sais aussi c’est que je suis incapable de me dire « je n’aurais plus d’enfant » et que le temps passe tellement vite que si je veux en profiter, c’est maintenant.