Mon petit guerrier

unnamedMon petit Alphonse, tous les jours j’ai peur pour toi. Peur de ce vilain crabe. Peur de cette bataille. Peur de cette convalescence qui s’annonce si longue et si ardue. Et alors je me souviens.

Je me souviens de ce matin d’avril 2012 où je savais que j’avais déconné et que j’ai été cherché la pilule du lendemain à la pharmacie. Et que non, tu étais accroché, tu es resté.

Je me souviens de ce soir de décembre 2012, où enceinte de 8 mois, nous étions sur l’autoroute du côté de Sisteron. Le verglas s’est formé vite, nous roulions vite aussi. La voiture a été bonne pour la casse. Et toi, tu as été un peu secoué, c’est vrai. Mais tu n’es pas sorti pour autant, mon dernier mois de grossesse s’est déroulé sans encombre.

Je me souviens de tes 3 premiers mois où la constipation te faisait pleurer de douleur toute la journée. Ce n’est pas très grave, mais tu as souffert. Et c’est passé.

Je me souviens de la fausse route que tu as faite à 2 mois à cause du pipette de médicament défectueuse. Comme tu es devenu blanc comme un linge, que tu as arrêté de respirer. Et que mon médecin de sœur a eu le geste qu’il fallait.

Je me souviens de ton premier hiver où ta bronchite s’est éternisée de longs mois et qu’il a fallu de la kiné respiratoire pour que tu ailles enfin mieux.

Je me souviens lorsque du haut de tes 14 mois tu nous a fait une pneumonie. 10 jours d’antibiotiques, une belle frayeur, et c’était fini.

Je me souviens que pour tes 18 mois tu t’es cassé la jambe. Un plâtre du pied jusqu’à la hanche. Mais si peu de plaintes !

Je me souviens de ces nuits blanches où le thermomètre flirtait avec les 40°C et que tu tremblais comme une feuille.

Et quand je me souviens de tout ça, je me dis que non, tu es un battant, un vrai petit guerrier. La bataille que tu es en train de livrer est un peu plus longue, un peu plus dure. Et nous avons déjà de belles victoires au compteur. Alors, continue comme ça. Je ne sais qu’une chose : j’ai confiance en toi.

L’attente

Les jours à la maternité sont éprouvants. Comme tous les nourrissons, Gustave veut passer sa vie au sein. J’attends avec impatience la montée de lait qui devrait me donner un peu de répit et surtout je le confie quelques heures par nuit à la pouponnière pour que je puisse dormir un peu. Et qu’il reçoive un complément pour que lui dorme aussi (oui, je sais, c’est mal) Je vis très mal le fait de savoir que mes 2 garçons ne sont séparés que de 3 étages mais que je ne peux être avec les deux en même temps. Gustave n’a pas le droit de sortir de la maternité, Alphonse est trop faible pour rester plus de 30 minutes dans ma chambre. Donc, dès que Gustave s’endort, je descends passer un peu de temps avec Alphonse. Sans surprise, au bout de 3 jours je suis épuisée. Et j’attends le retour à la maison avec impatience. Bonne nouvelle, je peux ramener mes deux garçons avec moi !

Mais avant la sortie, on rencontre l’oncologue. Elle nous explique le marathon qui nous attend. Ou plutôt, les différentes options. On ressort de là avec une certitude : le traitement va durer entre 6 et 9 mois. Et la peur au ventre. On ne sait pas encore quel type de médulloblastome a squatté le cerveau d’Alphonse. Pour le définir, 3 examens sont nécessaires.

Le premier a été fait lors de l’IRM au tout début, et nous avons déjà les résultats : pas de métastases. Le deuxième sera fait dans les jours qui viennent et les résultats sont rapides. Une ponction lombaire pour voir si des cellules cancéreuses ont essaimé dans le liquide céphalo-rachidien. Le troisième est une analyse histologique de la tumeur : ils recherchent s’il y a une mutation d’un gène bien particulier (oncogène c-myc) qui rendrait la tumeur encore plus agressive. Et là, les délais sont bien plus longs.

Si un seul de ces résultats est mauvais, Alphonse fera partie du groupe à haut risque. Un pronostic beaucoup plus mauvais, une radiothérapie inévitable. Si on est dans le cas le plus favorable, on pourrait se passer de radiothérapie.

Au début, je ne comprends pas pourquoi un tel accent est mis sur la radiothérapie. Je connais des femmes qui ont eu un cancer du sein et qui ont fait de la radiothérapie sans se poser (trop) de questions. Sauf  que là, la zone irradiée est le cerveau et la moelle osseuse d’un petit garçon de 4 ans. 2 zones encore immatures mais primordiales. Les séquelles peuvent être terribles. Tout d’abord, un retard de croissance : les vertèbres irradiés ne s’étirent pas comme ils devraient. Et ensuite un retard de développement cognitif. Dans le meilleur des cas, Alphonse pourrait avoir un peu de mal à l’école mais suivre une scolarisation classique (difficultés d’apprentissage). Dans le pire des cas…   je n’ose l’imaginer. Et bien sûr, impossible de savoir à l’avance les effets de la radiothérapie sur Alphonse ! Sans compter qu’à 4 ans, cela se traduit le plus souvent par une anesthésie générale quotidienne pendant 6 semaines (avec les we en repos)

A côté de ça, les séquelles de la chimio me semblent bien faibles : risque de perte d’audition (certaines fréquences seulement) et de stérilité… Pour la stérilité, je me dis que le jour où il se posera la question, c’est que le combat sera gagné. J’en viendrais presque à espérer qu’il souffre un jour d’être stérile : ça voudrait dire qu’il serait prêt à fonder une famille…

En attendant, nous croisons les doigts pour être dans le groupe à risque standard, pour ne pas avoir besoin de radiothérapie…

et même si je me suis posée cette question en permanence pendant deux semaines, il est inutile de faire durer le suspense. Oui ! nous sommes dans le bon cas. Oui ! nous échappons à la radiothérapie (pour l’instant… j’espère ne pas connaître de récidive) et c’est parti pour 6 mois de chimio…

Gustave

Me voilà donc à l’accueil des urgences gynécologiques et obstétriques.

– Bonjour, j’ai une fissure de la poche des eaux.

– Il y a combien de temps que vous avez fissuré ?

– Euh… 5 ou 10 minutes

– !? Mais vous n’avez pas attendu une heure en vérifiant régulièrement que du liquide continuait de couler et que c’était bien une fissure ?

– Ben non… C’est bien une fissure.

– Bon, attendez dans la salle d’attente. Mais je vous préviens, il y a un peu d’attente.

– Combien environ ?

– Une heure

Je vais m’asseoir dans la salle d’attente, pleine de monde, sur des chaises très inconfortables. J’attends 5 minutes puis je me dis zut. Quitte à attendre, autant être près de mon petit garçon. Je remonte dans sa chambre lui lire des histoires. Il est 19h30, c’est bientôt le dodo.

Je redescends 45 min plus tard et cette fois, j’attends là. Les contractions s’invitent à la partie. Pas encore douloureuses mais déjà bien désagréables. L’attente est longue. La sage-femme me dira qu’ils sont venus me chercher deux fois pendant mon absence. Oups ! Elle me dit également que, pas de chance, ce soir je suis loin d’être la seule à accoucher ! Ils n’ont pas de box libre. Ils n’ont qu’une pièce avec trois lits côte à côté séparés par des paravents… Bonjour l’intimité ! C’est parti pour 1h30 de monito. Je m’ennuie, il y a un peu de passage, j’entends la femme sur le lit d’à côté du mien qui s’agite. Et les contractions s’intensifient un peu. L’examen du col donnera une dilatation à 1,5. Pas beaucoup mais « le travail a commencé » Sans blague !

Donc à cet instant, je fuis en continu, mes contractions s’accélèrent et tout ce qu’on trouve à me dire c’est « retournez en salle d’attente, le temps qu’une salle se libère ». Vous êtes sérieux là ?! Hélas oui. Un point positif, j’ai de la diversion. (J’en profite pour saluer le calme de ceux qui travaillent aux urgences…) Une femme soi-disant en train d’accoucher arrive dans la salle d’attente… accompagnée de six personnes  !  Elle discute, rigole, sort téléphoner pendant ses « contractions ». Parmi ceux qui l’accompagnent, il y a une gamine en pyjama qui joue avec le fauteuil roulant, une femme plus âgée (future grand-mère ?) aussi en pyjama qui passe son temps à râler que ce n’est pas normal d’attendre aussi longtemps, un jeune les yeux rivés sur son téléphone… Bref une tribu bruyante  met un peu d’animation dans la salle d’attente. Par moment ça me fait sourire, à d’autres j’ai juste envie de renvoyer tous ceux qui n’ont à faire aux urgences chez eux.

Enfin, un box se libère puis une salle de travail ! Tout se précise. Et que j’ai mal !!! Je ne me souvenais pas d’avoir eu mal à ce point pour les deux premiers accouchements ? Est-ce parce que ces 10 derniers jours m’ont épuisé ? Parce que c’est le 3ème ? Ou juste que j’ai oublié… Aucune idée. Mais j’implore la péridurale. « C’est un peu tôt, vous y êtes presque mais il faut attendre encore un peu » Misère !!! Enfin, la péridurale est posée. Et je déclare tout de go : je ne veux rien sentir. Rien. Nada. Je ne veux que dormir (dit la future maman… AH AH) mais au moins, cette nuit là, je me repose un peu.

Et puis voilà, ça y est, l’heure de vérité a sonné. Je fais enfin savoir si numéro 3 est une fille ou un garçon ! J’ai hâte, je ne pense qu’à ça. Et vu le titre, tu le sais déjà, j’ai accueilli un petit garçon à 4h29. Ici, je l’appellerai Gustave (J’en profite pour t’avouer que non, Alphonse et Ernestine ne sont pas les vrais prénoms de mes enfants. Ce sont juste des prénoms que j’aime beaucoup mais pas mon mari !)

L’auxiliaire de puériculture me propose de parier sur le poids de mon bébé tout neuf. Hum. 3,7 kg ? Perdu ! Pour reprendre l’expression d’une célèbre tribulette, c’est un bébé gigot: 4,2 kg 53 cm ! Et heureusement, il est en pleine forme.

A l’hôpital…

Quand on m’annonçait une convalescence longue, je m’imaginais naïvement que ce serait l’histoire de quelques semaines. Alphonse avait tout retrouvé au bout de 2 jours après la première opération. J’allais vite me rendre compte que je me trompais lourdement.

Déjà, quand j’ai vu mon petit garçon après l’opération ça a été un gros choc. Imagine un peu : un gros pansement autour de la tête, des yeux dans le vague, un tube qui lui sort de la bouche, trois électrodes sur le torse et un cathéter dans le cou, plus un dans chaque main qui sont attachées au lit. Il grogne, il a l’air à peine conscient. On constate que la respiration est laborieuse, que les battements du cœur sont un peu anarchiques. C’est une première claque. Bien sûr, tout cela est normal, il réagit de la façon que les médecins attendent, mais que c’est dur de voir son fils comme ça !

2 jours après, il peut enfin sortir de réanimation. Direction le service de neurochirurgie pour une durée théorique de 15 jours. Il y retrouve sa chambre seule dans laquelle il y a une chauffeuse que je squatte allègrement pour mes siestes. Je suis à 10 jours de mon terme.

Les suites de l’opération sont très dures, j’espère ne plus revivre de moments pareils.

D’un point de vue clinique

Alphonse fait de la fièvre, inexpliquée. Les médecins nous disent que c’est probablement une réaction du cerveau à l’agression qu’il a subie. Mais il y a également un risque de méningite… On lui donne des antibiotiques en préventif, et des analyses sont faites. Grosse angoisse. Heureusement, tout va bien et la fièvre disparaît en quelques jours.

Entre l’opération et la réanimation, ça fait 3 jours qu’il n’a pas mangé. Il est perfusé mais ça serait bien qu’il reprenne une alimentation normale. Il en est incapable. Il vomit systématiquement tout ce qu’il mange. Même l’eau passe difficilement. Il n’ose plus manger. Il aura besoin d’une semaine entière pour reprendre une alimentation normale.

D’un point de vue physique

C’est la cata ! Il ne sait plus parler, il ne sait plus marcher, il ne sait plus utiliser ses mains, il ne voit plus correctement… Le chirurgien ne s’inquiète pas. Pour lui, tout est normal. On essaye de lui faire confiance. Alphonse devrait tout récupérer petit à petit.

Effectivement, il récupère très vite la parole. Pour le reste… Ça peut prendre jusqu’à 6 mois nous a-t-on prévenu. Que c’est dur de l’entendre dire, tout triste, « mes pieds ne marchent plus ». On essaye de lui expliquer que ça va revenir, il ne nous croit pas. Et puis, petit à petit, ça revient. À l’heure où je t’écris – soit 5 semaines après l’opération – il peut marcher si on ne lui tient plus qu’une main sur de petites distances (dans la maison quoi), il a développé une habilité incroyable avec sa main gauche, lui qui était droitier. Sa main droite tremble toujours autant et n’a pas beaucoup de force mais il recommence à la solliciter. Quant aux yeux, la rééducation va prendre plusieurs mois. Il voit très bien mais ces deux yeux divergent : il doit toujours avoir un œil caché. Il a commencé ce qu’on appelle la rééducation neurologique.

D’un point de vue psychologique

Alphonse était, avant l’opération, un petit garçon adorable. Les colères ? Il en a faites, probablement, mais jamais je ne me suis dit « ça y est, c’est le terrible two » (contrairement à sa sœur…) L’opération l’a métamorphosé. Il est devenu monsieur Non. Toujours dans l’opposition, jamais satisfait. Tout ce qu’on fait, on le fait mal. Tout ce qu’on dit, on ne devrait pas le dire. Mon petit garçon est en colère. Contre la terre entière et contre lui-même. C’est usant. Mais comment lui en vouloir ? Il a toutes les meilleures raisons de ne pas être content. Le plus dur, c’est quand il nous dit en larmes qu’il ne veut pas avoir de bobo à la tête. À chaque fois, je me dis, si seulement on pouvait choisir…

Et au milieu de tout ça, l’attente encore et toujours. Sa tumeur a un nom : médulloblastome. Une seule certitude, elle est maligne et il devra donc y avoir un traitement. Mais lequel ? Pour ça, il faut attendre les résultats de l’anapath. Si on a de la « chance » c’est une tumeur à « risque standard », sinon on bascule dans la catégorie « à hauts risques ». Autant dire que le pronostic n’est pas du tout le même. Mais les analyses sont longues : environ un mois !

C’est dans ce contexte que je perds les eaux. Je suis dans la chambre de mon garçon, ça fait tout pile une semaine qu’il a été opéré. Facile je prends l’ascenseur, la maternité est deux étages en dessous. Je souris intérieurement quand je vois le stress du personnel médical. Les tumeurs cérébrales, ils gèrent, ils ont l’habitude. Les accouchements beaucoup moins !

Les opérations

Je t’ai laissé à l’annonce du diagnostic. Pour nous pas le temps d’encaisser: le cerveau de notre petit garçon souffre, il faut l’opérer en urgence. Une première prise de sang d’abord pour quelques vérifications puis direction le bloc. Entre l’annonce et le bloc, à peine 2 heures se sont écoulées. C’est censé être une « petite » opération d’une heure. Ce qu’on n’avait pas compris c’est que pour nous, parents qui attendons, ça dure beaucoup plus longtemps: il faut y ajouter la préparation (en particulier l’anesthésie), le réveil… Nous étions l’oeil rivé sur la montre et chaque minute qui passait nous stressait davantage. Parce que bon, cette « petite opération » c’était quand même lui ouvrir la tête… Finalement après 2h30 d’attente on nous annonce que tout s’est bien passé. Ouf ! Il est en service de réanimation, a des tubes qui sortent de partout et un gros pansement sur la tête. Et il est complètement groggy. Le lendemain, ce n’est pas facile : il tremble de partout, ne marche plus et commence à développer une allergie aux blouses blanches. Mais il récupère très vite et on retrouve un petit garçon joyeux qui n’a plus mal à la tête ! On pourrait le croire guéri.

Sauf que ce n’est pas le cas. Si son cerveau ne souffre plus, la tumeur est toujours là. Le risque d’engagement également. Les médecins lui laissent 3 jours de récupération et il retourne au bloc. Cette fois, la chirurgie est longue et complexe. Et nous savons que la guérison dépend de la qualité de l’intervention. Heureusement pour nous, l’équipe médicale est très bien et nous avons une confiance absolue en la compétence des neurochirurgiens. Néanmoins, quand on nous annonce les risques de décès, d’hémorragie, de séquelles à vie… Nous sommes effrayés. Mais avons-nous le choix ? Nous confions donc notre petit garçon un mardi matin avec pour consigne de ne pas rester à l’hôpital: l’intervention en elle-même dure au minimum 6h, probablement plus, voire beaucoup plus. On nous appellera quand nous pourrons le voir. Un seul mot d’ordre : nous occuper pour nous changer les idées (ah ah)

Entre temps, j’ai demandé le transfert de mon dossier de maternité pour pouvoir accoucher dans le même hôpital (je devais accoucher à l »autre bout de la ville…) Je suis tombée sur des secrétaires odieuses (« vous savez madame on ne transfère pas un dossier comme ça » avec l’air hautain) qui n’ont fait aucun effort pour chercher une information qu’elles étaient censées avoir. Puis sur des sages femmes compréhensives qui m’ont dit qu’elles instruiraient mon dossier. Justement, dans la matinée j’ai ma consultation du 9ème mois. Tout va bien pour bébé, c’est déjà ça ! Je récupère mon dossier pour l’amener à l’autre maternité. En partant j’ai un petit pincement au coeur. Cette maternité a vu naître Ernestine et j’avais beaucoup aimé son personnel. Dans celle de bébé 3, il y a deux fois plus de naissances par an. Un peu l’usine. Mais bon, l’essentiel est ailleurs.

Ma mère m’accompagne ensuite au centre commercial: il faut acheter des chemises pour Alphonse. Avec sa cicatrice à la tête, on ne va pas forcer avec les T-Shirts !

À 12h30, je vois un appel en absence avec un message. L’hôpital. Je m’imagine le pire. C’est beaucoup trop tôt pour que l’opération se soit bien passée. En fait, ce n’est que le service de maternité qui me fixe un rendez-vous…

C’est à ce moment que je tombe. La pluie, le carrelage glissant… Mes articulations de femme enceinte en prennent un coup. A tel point que je ne peux plus marcher ! Taxi, retour à la maison. Une après-midi d’attente à ne rien pouvoir faire. Et à avoir peur d’accoucher alors que la douleur m’empêche de bouger les jambes. Mais si la malchance est pour moi et non pour mon petit garçon, je prends !

A 17h, l’appel tant attendu arrive enfin. L’opération s’est bien passée ! Nous apprendrons quelques heures plus tard que l’exerèse est complète, c’est à dire que les neurochirurgiens ont réussi à enlever toute la tumeur !

Mais on nous prévient également : ils ont trifouillé dans le cerveau, l’anesthésie à duré 12h… La convalescence va être longue. Et l’attente, encore et toujours : maintenant qu’ils ont enlevé la tumeur, il faut l’analyser.

Même si à ce moment je suis enceinte jusqu’au cou, j’ai accouché depuis ! Mais je te raconterai ça en temps et en heure !

Un long combat

Je ne pensais pas revenir si vite. Mais je crois que d’une part j’ai besoin d’extérioriser et d’autre part votre soutien m’est précieux, merci pour tous vos gentils commentaires. Et qui sait ? Peut-être mon récit pourra aider d’autres parents traversant la même tempête ? Et si toi aussi tu es passé(e) par là, n’hésite pas à partager ton expérience, j’en serai ravie !

Alors je viens vous parler d’Alphonse. Clairement, nous n’avons pas de chance. Un cancer à cet âge, c’est très rare. On pense que ça n’arrive qu’aux autres. Seulement cette fois, nous sommes les autres des autres. Et rare, ça veut dire que tous les ans près de 500 enfants sont dans ce cas. Edit: à la relecture, je me rends compte que ça prête à confusion. Les 500 cas par an ne concernent que les tumeurs cérébrales. Il y a hélas encore plus de cancer chez l’enfant… Certes ce n’est pas énorme mais c’est déjà beaucoup trop.

Le cancer, on en entend tous parler. On connaît tous quelqu’un frappé par cette cochonnerie. C’est comme si nous étions tous sur une jetée, à regarder ceux qui se débattent dans l’eau pour regagner la terre ferme en pensant « les pauvres, si seulement je pouvais les aider… » Il y a ceux qui arrivent à remonter au prix de nombreux efforts et ceux qu’on regarde se  noyer. Quand on a appris le cancer d’Alphonse, c’est comme si une vague m’avait arrachée de cette jetée pour me propulser dans cette mer beaucoup trop grande, beaucoup trop violente. Les médecins nous ont dit que les pronostics étaient bons. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Les pronostics, je m’en fiche, tout ce qui compte c’est le sort d’Alphonse. Et puis, survivre à 5 ans, 10 ans c’est bien, mais vivre sans séquelles ça serait quand même mieux. Et ça, personne ne peut nous le promettre…

Tout a commencé le lundi de la dernière semaine d’école, la maîtresse m’a appelé: mon petit garçon se plaignait de maux de tête et en perdait l’équilibre. Je ne me suis pas inquiétée. Il avait besoin de vacances et puis c’est tout. Surtout qu’il refusait systématiquement la sieste. Il a fait le reste de la semaine sans autre incidents mais tous les soirs il se plaignait de maux de tête et se couchait de plus en plus tôt. Nous avons vu le médecin de la PMI. Pour elle, il avait un retard psychomoteur. Il fallait faire un bilan de psychomotricité, et consulter un neuropédiatre – délai d’attente de plusieurs mois.

Heureusement, mon médecin de sœur a tenu un autre discours : ce n’était pas normal. Probablement ce n’était rien, mais quand même, c’était plus sûr de s’en assurer et de l’emmener aux urgences. Nous l’avons donc amené le 24 février pour ce que nous pensions un simple contrôle. Après un premier examen, le médecin a décidé de lui faire passer une IRM. C’est ce que ma sœur m’avait dit qu’il fallait faire. Pas d’inquiétude. C’est quand j’ai vu qu’un médecin nous faisait entrer dans une petit pièce avec 3 autres médecins que j’ai compris que quelque chose n’allait pas. « Monsieur, Madame, votre petit garçon a une tumeur » Mon monde s’est arrêté. Il fallait faire vite. La tumeur était volumineuse. Elle bloquait la circulation du liquide céphalo-rachidien, ce qui provoquait une hydrocéphalie : une pression trop importante dans son cerveau qui faisait souffrir ce dernier. Pire, la tumeur étant volumineuse (une boule de 5 cm de diamètre) elle présentait ce qu’on appelle un risque d’engagement. Ce qui se serait traduit par un arrêt respiratoire. Je frissonne encore à l’idée qu’on aurait pu retrouver Alphonse un matin sans vie et j’enrage contre cette pédiatre de PMI qui avait listé tous les symptômes sans tiquer.

C’est à cet instant précis que notre long combat a commencé.

L’espoir est permis

Peut-être as-tu remarqué que j’avais déserté la blogosphère. Peut-être en as-tu déduit que n°3 avait décidé de se manifester. Comme j’aurais aimé que la naissance soit la raison de mon absence ! Mais bébé est toujours est chaud, il bouge, j’ai les contractions habituelles de fin de grossesse… Tout va bien de ce côté là, et ça peut effectivement arriver d’un moment à l’autre.

En revanche, nous avons reçu un coup de massue il y a environ 10 jours. Quand je repense à ma lettre au père noël, ça me laisse un goût doux-amer. Si j’avais su… Je souhaitais à mes enfants une bonne santé. Si Ernestine se porte comme un charme, il n’en est pas de même pour Alphonse. Un méchant crabe s’est logé dans sa tête et le mot qui ne devrait jamais être prononcé – et encore moins pour un enfant l’a été : c’est un cancer.

Je ne rentrerai pas dans les détails, mais je voulais te dire que je continue à lire celles que je lis habituellement. Mais je n’ai pas le cœur de commenter ou même d' »aimer » les articles sur Hellocoton. Je ne lis plus tous ces billets qui traitent de petits ou gros bobos, c’est trop dur pour l’instant, je suis incapable de la moindre empathie. Je me protège comme je peux.

J’ai changé de maternité en urgence pour pouvoir accouché quelques étages au dessus de la chambre d’Alphonse. Et je ne sais pas encore comment je ferai pour tout gérer de front, mais je sais que je le ferai, de toute façon, je n’ai pas le choix.

Alors voilà, nous commençons un combat long et difficile contre cette saloperie. Je ne sais pas quand je reviendrai ici, ni même si je reviendrai. Mais je ne cesse de me répéter ce qu’on m’ont dit les médecins : ce combat, mon petit champion peut le gagner. L’espoir est permis.

J’ai peur

8164432813_f2c4dbee5e_hMa DPA se rapproche. Il n’y a plus que quelques semaines voire quelques jours avant mon accouchement. Et ça m’angoisse.

Lorsque la gynéco m’a appris cette grossesse lors d’une échographie de contrôle, je n’y croyais pas. C’était trop tôt. Mais je m’étais sentie heureuse malgré tout. Cette famille nombreuse, j’en avais toujours rêvé. Et puis, savoir qu’on a un petit truc de quelques millimètres dans le ventre, ce n’est pas très concret.

C’est un avantage de la grossesse. Ça se concrétise peu à peu. On a 8 mois pour s’y préparer. On voit son corps se transformer petit à petit. On a (en théorie) le temps de se poser les bonnes questions et de chercher des réponses.

Pour ma part, j’ai toujours fait partie de ceux qui pensent « advienne que pourra ». Ça ne m’empêche pas de m’organiser, de planifier… mais face à l’imprévu je suis la plupart du temps sereine : je sais que j’ai fait ce que j’ai pu (et, avouons le, il n’y a pas tant d’imprévus que ça !)

C’est dans cet état d’esprit que j’ai envisagé cette 3ème grossesse. Combien l’ont fait avant moi et s’en sorties ? Et si ces millions de femmes y sont arrivées, pourquoi n’y arriverai-je pas ? D’autant plus que je suis dans une situation enviable : un papa présent tous les soirs et les week-end, un petit Alphonse à l’école et une petite Ernestine chez la nounou.

Seulement voilà, même si ce n’est pas toujours facile, j’ai l’impression qu’en ce moment on s’en sort plutôt pas mal. Si ce n’était ce gros ventre qui m’entrave, on pourrait faire quantité d’activités avec nos enfants. Des week-end à la neige, des petites promenades à la campagne… Ils ne sont pas autonomes, ni l’un ni l’autre, mais chaque jour ils apprennent. Ils savent s’exprimer et n’hésitent pas à nous faire comprendre ce qui ne va pas. Bien sûr, à 4 ans et 2 ans, ce n’est pas de tout repos ! Mais on y arrive. Les crises d’opposition ? Je m’attendais à pire ! (en fait, ce n’est pas compliqué, quand elle se roule par terre je m’en vais et reviens 5 minutes plus tard pour lui proposer un câlin. Si elle n’en veut pas, je m’en vais encore…) La fatigue d’Alphonse dont je vous parlais la dernière fois ? Oui, c’est dur, mais ce n’est qu’une heure par jour. Bref, je sais comment notre famille à 4 fonctionne.

Et bientôt nous accueillerons notre 3ème mousquetaire… J’ai hâte. Hâte de faire sa connaissance. Hâte de savoir si c’est une fille ou un garçon. Si ce bébé sera brun comme son frère ou roux comme sa sœur ou encore autre chose. Hâte de voir s’il aura hérité du teint hâlé de son papa ou de mon teint clair. Mais tout ceci n’a aucune importance. Quelle que soit son apparence, je sais que je trouverai mon bébé trop beau. En revanche, j’ai aussi hâte de savoir si ce sera un bébé qui dort bien, qui tète bien, qui trouve rapidement un rythme. Et si, à l’échelle d’une vie, ces questions n’ont pas beaucoup d’importance (tout finit par s’arranger, non ?!) elles revêtent un caractère capital pour moi pour ces prochains mois.

J’appréhende de ne pas savoir gérer la jalousie des aînés. J’appréhende cette  modification de notre rythme que, mine de rien, on a mis un peu de temps à construire. J’appréhende la course du matin pour habiller les uns et nourrir les autres. J’appréhende ces deux heures que je fais seule tous les soirs. J’appréhende tant de choses !!!

Ce troisième bébé, à défaut d’être prévu, était voulu. Cette famille nombreuse, c’était notre souhait. Mais maintenant que ça devient réel, j’ai vraiment peur de me noyer. Mais je sais que ce n’est que l’affaire de quelques mois avant d’avoir une joyeuse tribu pleine de disputes, de rires et de jeux. Mon mantra pour les semaines qui viennent  sera donc, à chaque fois que nécessaire : ce n’est qu’un mauvais moment à passer

Fatigue

Girl Toddler Sleep Child Portrait Sweet Baby

Girl Toddler Sleep Child Portrait Sweet Baby

Je viens de découvrir quelque chose d’incroyable : je peux écrire un article depuis mon téléphone ! Alors certes, c’est beaucoup moins pratique mais je peux le faire allongée et ça, c’est magique ! Parce que franchement, je m’ennuie toute la journée sans rien faire (en plus, j’ai fini mon livre hier ! Si tu as des conseils de lecture…)

Bref, je m’égare. En ce moment, j’ai besoin de conseils. Je me sens un peu dépassée et ma patience est mise à rude épreuve. Comme tu le sais peut-être, nous avons eu très tôt des problèmes de sommeil avec Alphonse. Il faut se rendre à l’évidence : mon fils est un petit dormeur. J’imagine que pendant longtemps il a trouvé que c’était une perte de temps… À l’époque, on se battait pour qu’il fasse sa sieste d’abord puis qu’il s’endorme la nuit. Il s’endormait rarement avant 23h, le plus souvent aux alentours de minuit. On a donc supprimé la sieste alors qu’il avait moins de 3 ans. On pouvait faire ce qu’on voulait l’après-midi et il s’endormait à une heure décente le soir.

Tant qu’il était chez la nounou, ça allait bien. Surtout qu’elle ne faisait rien avec lui (avec le recul, cette nounou n’était vraiment pas top mais c’est facile à dire après coup !) et donc il ne se fatiguait pas beaucoup. Il a commencé à aller 2 jours par semaine à la crèche pour ses 3 ans (en janvier 2016 donc). Il était plus sollicité mais ne dormait toujours pas à l’heure de la sieste. Il faisait un temps calme pendant que ses copains dormaient. Mais 2 jours par semaine, ce n’est pas grand chose. Il récupérait le reste de la semaine et tout se passait bien.

Et en septembre il est rentré à l’école. Il a tout de suite commencé très fort : cantine et garderie. Soient des journées de 8h à 18h. Il était ravi. Et fatigué. Jusqu’à récemment ça allait à peu près. Mais c’est de pire en pire. Tous les soirs je récupère un petit garçon grincheux qui pleure pour un rien. Il se plaint de maux de tête, tombe au moindre trottoir… Il est épuisé ! Il a du mal à finir son repas le soir et ne demande qu’une chose : aller se coucher. Et il fait une super nuit de sommeil.

Je me rends compte de l’ironie de l’histoire. Il y a un peu plus d’un an, on aurait été ravis que notre garçon veuille dormir. Maintenant, on n’en peut plus de l’entendre chouiner pour rien. Tous les soirs deviennent pénibles. C’est assez impressionnant. Tout va bien et soudain Alphonse se métamorphose, plus rien ne va. Ça varie d’un jour à l’autre mais c’est souvent sur le coup des 19h. Oh bien sûr, on essaye de lui faire faire la sieste. Le week-end on lui impose un temps calme où il est obligé de rester allongé avec tétine et doudou. En semaine, presque tous ses copains font la sieste et lui reste allongé aussi en attendant d’avoir le droit de se lever. Mais ses petits yeux ne se ferment jamais. Il compte les minutes et attend le signal libérateur. Et plus l’année avance, plus la situation se dégrade. On lui explique et ré explique que le dodo de l’après-midi lui ferait du bien. Que c’est normal. En plus, il me voit faire la sieste tous les week-end (coucou la fatigue de grossesse !), je lui montre l’exemple. Mais rien n’y fait.

Je sais que cette situation est temporaire. En grandissant, le besoin de sieste va s’estomper et il sera le petit garçon souriant et plein d’entrain le matin comme le soir. Mais en attendant c’est difficile alors si tu as des conseils, des astuces, n’importe quoi, surtout n’hésite pas à partager ! Parce que si ce n’est pas facile pour nous, ça l’est encore moins pour lui !

Pause

pause-buttonCa y est, mon mal de dos m’a rattrapée. Je ne suis plus capable de m’assoir devant l’ordinateur plus de 3 minutes sans que ce dernier ne se manifeste. Il m’empêche de dormir. Et si, il y a quelques jours, j’étais en plein paradoxe à vouloir accoucher et appréhender de gérer 3 petits enfants en même temps, ce paradoxe a disparu. Je veux accoucher vite, même si je ne suis même pas à 8 mois de grossesse (mais très bientôt !)

J’ai (presque) fini de préparer mon sac de maternité. Quant au reste, on verra en temps voulu. C’est l’avantage du 3ème, on est beaucoup plus serein. Pour être franche, je n’ai toujours pas décidé où il dormirait au tout début ! Je pense qu’on prendra la décision pendant mon séjour à la maternité.

Bien sûr, j’ai régulièrement envie de me plaindre. Je m’ennuie à passer la majeure partie de la journée allongée. Et le soir, quand je m’occupe seule d’Alphonse et Ernestine pendant près de 2h, le temps me paraît s’écouler si lentement… Alors je pense à celles qui rêveraient d’être dans le même cas que moi mais qui n’y arrivent pas et je me dis qu’un petit mois à souffrir, ce n’est pas grand chose.

En attendant, je pense que je vais mettre mon blog en pause. J’aimerai te dire « je reviens dès que je n’ai plus mal » mais il est probable qu’à ce moment j’aurais d’autres choses à faire et pas beaucoup de temps pour moi 🙂

En tout cas, je continuerai à lire assidument tous ces blogs que j’ai découverts – et que je découvre encore. Et je reviens te donner des nouvelles dès que possible !

D’ici là, je vous souhaite à toutes de vivre de beaux moments, de sortir de la morosité de l’hiver et de construire plein de projets !